Aux origines du Rêve de Jérusalem

À l’origine, écrire sur les croisades était pour moi la réalisation d’une envie de lecteur plus que d’une envie d’auteur : il s’agissait de faire revivre l’ambiance des histoires de chevalerie de mon enfance. je parle ici de récits classiques et largement moins crus que Le Rêve de Jérusalem, tels Ivanohé ou Les Chevaliers de la Table Ronde version Richard Thorpe, des épopées « qui ne respectent pas exactement la vraisemblance et laissent la place à la théâtralité et au surnaturel » (Henri Suhamy). À l’adolescence, je fus également marqué par la croisade dessinée par Milo Manara dans L’Histoire de France en bande dessinée, et par un film fondateur : Excalibur; de John Boorman. S’est ajoutée plus tard à ces éléments la frustration née de l’avortement du Crusade de Paul Verhoeven, projet qui avait l’air particulièrement alléchant quand on se souvient de La Chair et le sang. Le Rêve de Jérusalem est né de ces souvenirs et de ces envies.

Parmi toutes les croisades, le choix de la première s’est assez rapidement imposé. Lorsque la difficulté du périple est renforcée par l’appréhension de l’inconnu, on peut emmener
les personnages au-delà des contrées qui sont leur but. Comme auteur, j’ai une véritable fascination pour les pionniers, ceux qui défrichent des territoires hostiles, mais aussi ceux
qui veulent bousculer les conventions sociales. Parmi les ouvrages que j’ai consultés, je veux signaler un livre historique passionnant qui, selon l’expression consacrée, se lit comme un roman : La Première Croisade, de Jacques Heers.]e ne lai jamais indiqué dans une quelconque bibliographie en fin d’ouvrage car je ne voulais as que lui ou un autre soit gêné d’être la caution scientifique d’un récit qui malmène parfois rudement l’Histoire. Mais il est temps aujourd’hui de lui rendre hommage. Le Rêve lui doit notamment la linéarité de sa construction.

Une fois que le projet existait, que le synopsis des quatre tomes et le scénario du premier étaient écrits, il fallait convaincre un dessinateur de réaliser ce projet. Lionel Marty s’est jeté à corps perdu dans l’aventure. Nous sommes tout de suite tombés d’accord sur le fait de représenter un Moyen-Âge brutal, fantasmé, rutilant. Nous voulions par exemple des armures impressionnantes, c’est pourquoi celles du Rêve appartiennent aux XV’ et XVI’ siècles. Nous avons choisi d’assumer la dimension purement épique de cette histoire, le risque inhérent à cette démarche étant de sombrer dans le ridicule. La puissance du dessin de Lionel nous a évité cet écueil en sachant rendre à la fois le grandiose des combats et l’amertume des dilemmes intimes des personnages. Excalibur avait été dès le départ une référence commune très forte.
Puis nous avons découvert que nous partagions une multitude d’autres choses. Je ne connaissais pas Lionel avant Le Rêve. Je me suis aperçu que. sans le savoir, j’avais écrit cette histoire pour lui.

Nos personnages ont désormais rallié Jérusalem. Ils s’y sont perdus à jamais. Et nous attendons nous aussi notre jugement dernier : le verdict des lecteurs.

Philippe Thirault

Ce texte a été publié dans la postface du recueil Intégrale en noir et blanc du Rêve de Jérusalem, sorti il y a quelques jours chez Dupuis.

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