{"id":374,"date":"2010-12-05T09:00:46","date_gmt":"2010-12-05T08:00:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/?p=374"},"modified":"2010-11-07T14:54:40","modified_gmt":"2010-11-07T13:54:40","slug":"french-doctor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/french-doctor\/","title":{"rendered":"French Doctor"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"FrenchDoctor\" src=\"http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/frenchdoctor.jpg\" alt=\"\" width=\"265\" height=\"97\" \/><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/frenchdoctor.pdf\" target=\"_blank\">T\u00e9l\u00e9chargez French Doctor au format PDF : \u00a0http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/frenchdoctor.pdf<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<blockquote><p>FRENCH DOCTOR<\/p>\n<p>Le professeur Bernier avait d\u00e9cid\u00e9 de rentrer pour faire une surprise \u00e0 sa femme ; il avait quitt\u00e9 la clinique \u00e0 seize heures. Dans sa voiture, tandis que les trois t\u00e9nors faisaient gonfler les baffles avec una storia importante, il songeait avec amusement qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas regagn\u00e9 le domicile conjugal aussi t\u00f4t depuis une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es. Ce jour-l\u00e0, Harriet avait perdu les eaux en d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi mais elle n&rsquo;avait pas os\u00e9 appeler son mari tout de suite, car elle savait qu&rsquo;il \u00e9tait occup\u00e9 \u00e0 redresser le nez d&rsquo;une c\u00e9l\u00e8bre animatrice d&rsquo;\u00e9mission pour enfants. Interrompu au beau milieu de son op\u00e9ration de chirurgie esth\u00e9tique, Samuel Bernier avait compl\u00e8tement foir\u00e9. Il avait laiss\u00e9 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 en plan avec un nez en trompette et \u00e9tait parti aussit\u00f4t assister sa femme. Arriv\u00e9 \u00e0 son domicile, il avait trouv\u00e9 Harriet les pattes en l&rsquo;air sur le canap\u00e9 tremp\u00e9 de liquide amniotique et de sang. Il avait donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;enfant \u00e0 l&rsquo;ancienne, avec de la charpie et de l&rsquo;eau bouillie. Le gamin avait surv\u00e9cu mais devait mourir dix-sept ans plus tard dans un accident de voiture avec six autres copains bourr\u00e9s qui \u00e9taient sortis d&rsquo;un rallye \u00e0 Neuilly avec plusieurs grammes dans le sang. et les cloisons nasales br\u00fbl\u00e9es par la coke. L&rsquo;\u00e9vocation de cet \u00e9pisode funeste amena des larmes aux yeux de Samuel Bernier. Ils n&rsquo;avaient pas eu d&rsquo;autre enfant. Ou plut\u00f4t Harriet n&rsquo;avait pas pu garder le deuxi\u00e8me, descendu trop rapidement entre ses jambes au hasard d&rsquo;une fausse couche lors du deuxi\u00e8me mois. Apr\u00e8s, plus rien.<br \/>\nSamuel Bernier fut oblig\u00e9 d&rsquo;arr\u00eater sa voiture, de couper le lecteur de CD. Il laissa ses larmes couler, denses, abondantes, des larmes qui tremp\u00e8rent son pantalon. Il sortit de sa voiture, fit quelques m\u00e8tre sur le bas-c\u00f4t\u00e9 sans faire attention aux taches sur son bas de costume qui faisaient rire les automobilistes. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux, vitre baiss\u00e9e, passa au ralenti et le traita d&rsquo;incontinent chronique. Il remonta dans sa voiture, se moucha et enclencha le contact. La musique et le bruit du moteur revinrent. Il retrouva le sourire. Il allait rentrer t\u00f4t, avec un petit cadeau pour Harriet, un colifichet : une montre Agn\u00e8s B. en platine. Elle irait bien \u00e0 son poignet si fin. Elle ferait bien dans sa collection. Harriet se faisait op\u00e9rer demain et elle avait besoin de tout son soutien, de cet amour qu&rsquo;il sentait revenir. Il ne l&rsquo;avait pas tromp\u00e9e, il n&rsquo;avait jamais cess\u00e9 de l&rsquo;aimer, mais il s&rsquo;en \u00e9tait progressivement d\u00e9tach\u00e9 au fil des ann\u00e9es. Mais il bandait \u00e0 nouveau pour elle, et les petites pilules bleues qu&rsquo;il ingurgitait avant leurs rapports n&rsquo;y \u00e9taient pour rien. Le vagin d&rsquo;Harriet avait recommenc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exciter.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nIl arriva \u00e0 la maison \u00e0 seize heures trente, une heure totalement incongrue. Il \u00e9tait ravi de sa performance. Il ouvrit la porte d&rsquo;entr\u00e9e avec pr\u00e9caution, sans faire grincer la cl\u00e9, en tournant la poign\u00e9e avec une lenteur infinie. A l&rsquo;int\u00e9rieur, il ferma doucement l&rsquo;huis. Harriet gueulait. Elle avait la voix rauque de ses mont\u00e9es au septi\u00e8me ciel. Elle prenait son pied. Bernier monta l&rsquo;escalier comme un somnambule ; il se retrouva sur le pallier, se laissant guider par les cris qui provenaient non pas de leur chambre \u00e0 coucher, mais bien de la chambre de leur enfant mort \u00e0 laquelle ils n&rsquo;avaient jamais touch\u00e9e. Cach\u00e9 dans l&rsquo;entreb\u00e2illement de la porte, il vit Alain Morizot, son associ\u00e9 de la clinique, un frimeur de quarante ans qui portait beau, couch\u00e9 sur le dos \u00e0 m\u00eame le sol. Harriet \u00e9tait juch\u00e9e sur lui et enfournait le sexe de son amant jusqu&rsquo;au plus profond de son ventre. Ses cuisses ab\u00eem\u00e9es par la cellulite \u00e9crasaient celles, muscl\u00e9es, de Morizot, tandis que ce dernier prenait \u00e0 peines mains les seins lourds de sa partenaire.<br \/>\nBernier redescendit l&rsquo;escalier aussi vite et aussi discr\u00e8tement qu&rsquo;il put. C&rsquo;est seulement au fond du jardin, dans la cabane remplie par les outils rouill\u00e9s de leur jardinier alcoolique, qu&rsquo;il vomit son d\u00e9jeuner, sa douleur et sa haine.<br \/>\nIl repartit en voiture mais il ne retourna pas \u00e0 la clinique. Il alla boire du whisky dans un bar minable, se payant verre sur verre. Apr\u00e8s avoir claqu\u00e9 deux cents balles, il quitta le rade compl\u00e8tement beurr\u00e9 et pourtant effroyablement lucide. Il avait le crime dans les pupilles.<br \/>\nIl rentra chez lui \u00e0 vingt heures et passa sa soir\u00e9e silencieux, \u00e0 boire des petits verres de cognac dans la salle de billard. Harriet le saoula avec la lipposuscion que Morizot devait lui faire le lendemain \u00e0 la clinique. Il la regardait en lui r\u00e9pondant laconiquement. C&rsquo;est une op\u00e9ration courante. Aucun risque. Tu seras vite sortie. Morizot est un as. Il liquida son dernier verre puis se leva. \u00ab\u00a0Harriet ? dit-il.<br \/>\n&#8211; Oui, ch\u00e9ri ?<br \/>\n&#8211; Il va falloir que je te surveille encore plus, quand tu auras tes jambes de r\u00eave. \u00a0\u00bb<br \/>\nHarriet lui r\u00e9pondit qu&rsquo;il \u00e9tait chou et vint lui faire un bisou sur le nez. Il fixa la bouche de sa femme, l&rsquo;imaginant autour de la queue de Morizot, et il vomit tout son alcool. Harriet le coucha sans le gronder. La bonne ramasserait \u00e7a demain.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, Samuel Bernier se leva comme d&rsquo;habitude. Harriet lui dit que ce n&rsquo;\u00e9tait pas raisonnable, qu&rsquo;il devrait d\u00e9caler ses consultations. Il avait l&rsquo;air tellement malade. Tu as beaucoup trop bu hier, ch\u00e9ri. \u00e7a n&rsquo;est pas dans tes habitudes. Mais Samuel lui r\u00e9pondit qu&rsquo;il avait une op\u00e9ration tr\u00e8s importante et qu&rsquo;il ne pouvait pas la reporter. \u00a0\u00bb A quelle heure est-ce que Morizot t&rsquo;op\u00e8re, ch\u00e9rie ?<br \/>\n&#8211; Dix heures. Tu passeras me voir apr\u00e8s ?<br \/>\n&#8211; Bien s\u00fbr. Et n&rsquo;aie pas peur, c&rsquo;est Morizot qui a lipposuc\u00e9 tout le showbiz. Il peut pas te rater. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le professeur Bernier n&rsquo;avait pas de consultation. Il n&rsquo;avait pas d&rsquo;op\u00e9ration. Il avait justement pris sa matin\u00e9e pour \u00eatre aupr\u00e8s de sa femme pendant sa lipposuscion. Il \u00e9tait dans son bureau, seul, dans l&rsquo;obscurit\u00e9, submerg\u00e9 par une rage froide, \u00e9chafaudant sa vengeance. Il entendit Morizot qui arrivait. Son bureau \u00e9tait attenant au sien. Il ouvrit sans bruit le porte qui s\u00e9parait les deux offices. Morizot \u00e9tait seul. Il l&rsquo;attaqua comme un fauve, avec un bistouri qui s&rsquo;enfon\u00e7ait dans les chairs, les cuisses, le ventre, le dos, le cou. Bernier frappait partout. Morizot voulut hurler mais Samuel plongea sa main au fond de sa bouche, lui tira la langue et la trancha, en s&rsquo;entaillant profond\u00e9ment le dos de la main. R\u00e9duit au silence, Morizot sentit la lame du bistouri s&rsquo;enfoncer dans ses muscles intacts et fouiller dans les plaies d\u00e9j\u00e0 b\u00e9antes. Il aurait aim\u00e9 mourir d&rsquo;h\u00e9morragie ou d&rsquo;une rupture d&rsquo;une art\u00e8re importante mais ce fut la douleur qui fit arr\u00eater son coeur.<br \/>\nEncore essouffl\u00e9, Bernier condamna la porte du bureau de Morizot, puis il prit une douche dans la salle de bain jouxtant son bureau. Il se nettoya \u00e0 fond, enfila un pyjama st\u00e9rile et sortit de la pi\u00e8ce en fermant \u00e0 cl\u00e9 derri\u00e8re lui. Il p\u00e9n\u00e9tra dans la salle d&rsquo;op\u00e9ration o\u00f9 Harriet avait subi une anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale. Elle reposait sur le ventre, le corps recouvert d&rsquo;un champ op\u00e9ratoire qui d\u00e9nudait seulement le haut de ses cuisses. L&rsquo;aide soignante fut surprise de voir entrer le professeur Bernier dans la salle, mains lev\u00e9es.<br \/>\n\u00a0\u00bb Passez-moi des gants, Corinne.<br \/>\n&#8211; Mais&#8230;le docteur Morizot&#8230;.<br \/>\n&#8211; Le docteur Morizot est rentr\u00e9 chez lui. Un deuil dans sa famille. Je me charge de l&rsquo;op\u00e9ration. \u00a0\u00bb<br \/>\nL&rsquo;aide soignante tendit des gants \u00e0 Samuel. Ce dernier les enfila. \u00a0\u00bb Vous \u00eates s\u00fbr, docteur Bernier ?&#8230;Je veux dire&#8230;<br \/>\n&#8211; Il faut que je vous le dise comment, ma pauvre fille ? Le docteur Morizot ne viendra pas. Passez-moi une bavette. \u00a0\u00bb<br \/>\nL&rsquo;aide soignante noua une bavette autour de la bouche de Bernier. \u00a0\u00bb Vous vous sentez bien, docteur Bernier ?&#8230;Je veux dire&#8230;vous avez l&rsquo;air bizarre&#8230;<br \/>\nCe que vous \u00eates gourde ! Sortez de la salle ! Je peux faire \u00e7a tout seul. \u00a0\u00bb<br \/>\nCorinne quitta la salle d&rsquo;op\u00e9ration en tr\u00e9buchant, interdite, affol\u00e9e. Samuel boucla \u00e0 cl\u00e9 derri\u00e8re elle. \u00a0\u00bb A nous deux \u00ab\u00a0, dit-il \u00e0 sa femme qui respirait doucement, profond\u00e9ment endormie.<br \/>\nIl se saisit du trocart. C&rsquo;\u00e9tait un simple cylindre creux qu&rsquo;il enfon\u00e7a dans la cuisse droite d&rsquo;Harriet. Il enclencha la pompe \u00e9lectronique et la graisse blanche et odorante sortit des tissus engorg\u00e9s et commen\u00e7a \u00e0 se d\u00e9verser dans une bassine m\u00e9tallique. Une op\u00e9ration courante. Sans aucun risque. Le professeur Bernier c&rsquo;est un as. Il a lipposuc\u00e9 le gratin de la t\u00e9l\u00e9vision. La cuisse \u00e9tait nettoy\u00e9e. La graisse remplissait maintenant la bassine. Deux kilos, pensa Bernier avec son oeil d&rsquo;expert. Il maintint le trocart et augmenta la puissance de la pompe. Le sang commen\u00e7a \u00e0 gicler comme propuls\u00e9 par une lance d&rsquo;incendie. Il n&rsquo;y avait plus de graisse \u00e0 aspirer, alors ce fut de la chair, des nerfs, du muscle. Trois kilos plus tard, la bassine \u00e9tait tomb\u00e9e par terre, d\u00e9bordante d&rsquo;une bouillie immonde. Bernier vit des gens cogner dans la porte de la salle d&rsquo;op\u00e9ration. Il y avait Corinne, la petite aide soignante, hurlant, pleurant. Il y avait Achille, le vigile \u00e9pais comme un malabar qui demandait \u00e0 Samuel d&rsquo;ouvrir. Il y avait des infirmiers, d&rsquo;autres m\u00e9decins. Ils essayaient d&rsquo;enfoncer la porte, ils vocif\u00e9raient. Ils allaient l&#8217;emmener, le juger, ils allaient peut-\u00eatre r\u00e9tablir la peine de mort rien que pour lui. Avant cela, Samuel voulait faire une dernier chose. Il fallait qu&rsquo;elle sache. Il fallait qu&rsquo;elle sente. Il retira la pompe, d\u00e9brancha le trocart, et retourna sa femme sur le dos. Il lui injecta deux doses d&rsquo;adr\u00e9naline \u00e0 la saign\u00e9e du coude. Le corps d&rsquo;Harriet fut secou\u00e9 par une violente d\u00e9charge. Elle se redressa d&rsquo;un coup. La douleur remonta de sa cuisse d\u00e9chiquet\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9rieur et afflua \u00e0 son cerveau comme de la lave. Son hurlement fut si assourdissant que les hommes qui tentaient d&rsquo;enfoncer la porte s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent un bref instants, les cheveux dress\u00e9s sur la t\u00eate. Harriet sentit des bras la serrer. C&rsquo;\u00e9tait ceux de son mari.<br \/>\n\u00a0\u00bb Je suis d\u00e9sol\u00e9e, ch\u00e9rie. Je crois qu&rsquo;il y aura des cicatrices. \u00ab\u00a0<\/p><\/blockquote>\n<p><em>Nouvelle \u00e9crite dans le cadre du concours de J.Presse \u00ab\u00a0Deux heures pour \u00e9crire\u00a0\u00bb dont le th\u00e8me \u00e9tait \u00ab\u00a0Trois kilos plus tard\u00a0\u00bb (1998).<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9l\u00e9chargez French Doctor au format PDF : \u00a0http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/frenchdoctor.pdf * FRENCH DOCTOR Le professeur Bernier avait d\u00e9cid\u00e9 de rentrer pour faire une surprise \u00e0 sa femme ; il avait quitt\u00e9 la clinique \u00e0 seize heures. 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