{"id":381,"date":"2010-12-19T09:00:13","date_gmt":"2010-12-19T08:00:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/?p=381"},"modified":"2010-11-07T14:53:28","modified_gmt":"2010-11-07T13:53:28","slug":"dog-show","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/dog-show\/","title":{"rendered":"Dog Show"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"DogShow\" src=\"http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/dogshow.jpg\" alt=\"\" width=\"278\" height=\"82\" \/><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/frenchdoctor.pdf\" target=\"_blank\">T\u00e9l\u00e9chargez Dog Show au format PDF : \u00a0http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/dogshow.pdf<\/a><\/p>\n<blockquote><p>DOG SHOW<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Un \u00e9t\u00e9 torride, quelque part dans le Sud, l&rsquo;ann\u00e9e de mes seize ans.<br \/>\nPapa n&rsquo;\u00e9tait jamais l\u00e0, toujours dans la capitale pour ses affaires. Il d\u00e9barquait certains week-ends, avec un t\u00e9l\u00e9phone qui lui mangeait la paume et l&rsquo;oreille, un ordinateur portable en forme d&rsquo;oeuf d&rsquo;autruche, une cravate blanche. Ses jambes \u00e9taient maigres et diaphanes, pigment\u00e9es par un fin lierre veines violettes et une dizaine de mis\u00e9rables poils noirs. Il ne venait quasiment jamais avec moi \u00e0 la plage. Les rares fois o\u00f9 il consentait \u00e0 m&rsquo;honorer de sa pr\u00e9sence, il s&rsquo;asseyait dans la position du lotus et d\u00e9pliait un journal \u00e9conomique avec des courbes de graphiques qui s&rsquo;entrecroisaient in\u00e9luctablement.<br \/>\nJe n&rsquo;aimais pas quand mes parents \u00e9taient r\u00e9unis. Cela provoquait de longs silences ou des claquements de portes qui affolaient la poussi\u00e8re dans les lames de lumi\u00e8re poussant entre les persiennes.<br \/>\nLorsqu&rsquo;avec ma m\u00e8re nous occupions seuls la grande maison pr\u00e8s des rochers, j&rsquo;appr\u00e9ciais le th\u00e9 hindou pris ensemble \u00e0 la nuit tombante, les r\u00e9veils tranquilles en fin de matin\u00e9e, le temps qui ralentissait \u00e0 notre guise. Et surtout la grande libert\u00e9 qu&rsquo;elle me laissait.<br \/>\nJe ne savais rien de ses journ\u00e9e et elle se fichait des miennes. Je partais \u00e0 la plage vers midi et, avec des amis, nous nous r\u00e9galions de plats d\u00e9licieux m\u00e9langeant riz et poissons. Nous \u00e9tions une bande d&rsquo;adolescents fougueux qui passions le jour \u00e0 nager, taquiner l&rsquo;oc\u00e9an dans des grandes barques, rouler dans le sable au gr\u00e9 de combats amicaux et f\u00e9roces. Et puis nous parlions. De filles, \u00e9videmment, des mignonnes garces qui voulaient de m\u00ealer \u00e0 nos jeux. Nous comparions la taille de leurs seins, le velout\u00e9 de leur bouche, le galbe de leurs mollets, le cambr\u00e9 de leur cul. Nous regardions en douce les femmes qui descendaient mollement vers la mer ; nos yeux \u00e9taient avides des maillots \u00e9pousant les renflements intimes. Nous \u00e9tions \u00e9pouvantables de cruaut\u00e9, de lubricit\u00e9, de pr\u00e9tention et de grossi\u00e8ret\u00e9.<\/p>\n<p><!--more-->Je remerciais le Ciel que ma m\u00e8re fr\u00e9quent\u00e2t exceptionnellement ce coin de sable o\u00f9 nous avions pris nos aises car elle n&rsquo;e\u00fbt pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e par l&rsquo;examen impitoyable et scrupuleux.<br \/>\nParfois maman s&rsquo;offusquait de me voir rentrer tard (et il est vrai que je rentrais de plus en plus tard). Mon repas m&rsquo;attendait, mais ti\u00e9dasse, courtis\u00e9 par les mouches. Elle ne servait pas de th\u00e9 ces soirs l\u00e0. Elle restait \u00e0 m\u00e2cher son spleen dans son grand fauteuil sous la v\u00e9randa. Papa a appel\u00e9 ? je lui demandais. Elle ne r\u00e9pondait rien mais c&rsquo;\u00e9tait une \u00e9vidence. J&rsquo;avais parfois du remords \u00e0 la laisser seule dans la maison. Je savais qu&rsquo;elle ne voyait personne, except\u00e9 l&rsquo;ambassadeur de Birmanie, un ami de sa propre m\u00e8re, qui la visitait \u00e0 l&rsquo;occasion, ainsi que d&rsquo;aust\u00e8res veuves de marins prestigieux avec lesquelles elle partageait porto et amertume. Elle s&rsquo;aventurait peu sur la plage. Elle me disait qu&rsquo;elle avait peur du soleil. Pourtant il la rendait invariablement merveilleuse, \u00e9clatante, lui donnait la peau ferme et craquante comme celle d&rsquo;un fruit jeune. Couleurs&#8230;.le mat du grain de son \u00e9piderme, l&rsquo;alliance du bleu et du blanc de son maillot r\u00e9tro moulant sa silhouette de femme belle, sage, imperturbable. Oui, j&rsquo;avais du remords, pourtant mon esprit \u00e9tait obnubil\u00e9 par tout autre chose. Depuis trois semaines d\u00e9j\u00e0, l&rsquo;inconnue de la cabine huit faisait r\u00eaver tous les gar\u00e7ons de l&rsquo;\u00eele.<\/p>\n<p>Les gar\u00e7ons guettaient le fanion. Bleu signifiait qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0. Rouge voulait dire que la belle attendait ses galants. Le drapeau apparaissait comme par enchantement, nul ne savait qui l&rsquo;accrochait et \u00e0 quel moment. Quand le fanion rouge ondulait sous les aliz\u00e9s, les jeunes hommes se terraient derri\u00e8re les dunes, attendant leur tour. Personne n&rsquo;avait d\u00e9cid\u00e9 selon quel protocole nous devions entrer, cela s&rsquo;\u00e9tait fait dans l&rsquo;ordre des regards, proportionnellement \u00e0 la dur\u00e9e de l&rsquo;attente, au fil de jours extraordinaires.<br \/>\nLa belle inconnue refusait les gar\u00e7ons de plus de dix-huit ans, de m\u00eame que ceux \u00e2g\u00e9s de moins de quatorze. A un de ses amants qui lui avait demand\u00e9 pourquoi elle aimait les hommes si jeunes elle avait r\u00e9pondu : vous sentez comme les filles. Elle pr\u00e9f\u00e9rait les puceaux mais ne d\u00e9daignait pas coucher avec des gar\u00e7ons plus exp\u00e9riment\u00e9s, pourvu qu&rsquo;ils soient fiers et gauches. La cabine huit \u00e9tait en retrait derri\u00e8re une dune. Elle se d\u00e9marquait des autres par sa grande taille, on e\u00fbt dit un bateau \u00e9chou\u00e9 cul par dessus t\u00eate que la lassitude emp\u00eachait de se retourner. Les premiers jours, l&rsquo;inconnue ne recevait qu&rsquo;un gar\u00e7on. Puis le rythme s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ra. Elle pouvait voir jusqu&rsquo;\u00e0 dix jeunes m\u00e2les entre midi et dix-neuf heures. Ses derniers amants la d\u00e9crivaient comme de plus en plus insatiable. Nous les traquions, les bienheureux, nous les soumettions \u00e0 la question, ces types qui ressortaient de la cabine en zigzaguant, tricotant des jambes, saoul\u00e9s de plaisir, frissonnants. Et personne ne racontait la m\u00eame chose. La cabine \u00e9tait tant\u00f4t un boudoir capitonn\u00e9 de satin, tant\u00f4t une hutte au sol rouge recouvert de feuilles odorantes, tant\u00f4t une barque flottant sur un fleuve minuscule et secret, bouillonnant dans la vapeur. L&rsquo;inconnue fut d\u00e9crite comme une andalouse aux yeux d&rsquo;amadou, puis comme une courtisane scandinave, puis comme une princesse du royaume de Siam, enfin comme une rousse aux yeux saphir piquet\u00e9s d&rsquo;or. En fait tous les gar\u00e7ons qui ressortaient de son antre n&rsquo;avaient qu&rsquo;une chose en commun : la d\u00e9raison. Apr\u00e8s avoir l\u00e2ch\u00e9 quelques mots ils sombraient dans un mutisme t\u00e9tanique et partaient cultiver leur m\u00e9lancolie du haut des rochers de granit rose racl\u00e9s par les vagues. La seule chose que l&rsquo;on s\u00fbt de mani\u00e8re certaine \u00e9tait que l&rsquo;inconnue ne parlait presque jamais. Il y avait seulement sa respiration.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait mon tour. Trois gar\u00e7ons \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9s puis sortis. Ils titubaient sur le sable comme des toupies \u00e9puis\u00e9es. Je p\u00e9n\u00e9trai dans la cabine.<br \/>\nL&rsquo;obscurit\u00e9 \u00e9tait totale. Le sol \u00e9tait dur sous mes pieds nus. Il faisait froid, cela rendait les fragrances plus tranchantes. Impossible de distinguer l&rsquo;inconnue mais elle est l\u00e0. Une main me court sur le bras, m&rsquo;agrippe, me tire. Je me retrouve plaqu\u00e9 contre des seins, je sens le laiteux de la peau et la duret\u00e9 de la pointe aiguis\u00e9e comme une faux. Il y a cette odeur de femme et de son plaisir, une douce sueur. Du doux de la paume ou du bout des ongles, ses mains parcourent mon corps. Cela dure une r\u00e9surrection. Son visage se colle au mien, elle ne sort pas la langue mais ses deux joues l\u00e8chent les miennes, caressent mes oreilles, mes cheveux, mon cou. Je sens son nez dans le creux sensible et douloureux de mes \u00e9paules. Sa respiration est plus forte, plus rapide, elle renifle comme un animal.<br \/>\nElle me repousse en poussant un petit cri de surprise.<br \/>\nC&rsquo;est violent, tellement impitoyable que je fonds en larmes.<br \/>\nElle se recolle \u00e0 moi, avale mes pleurs, fait se fermer mes paupi\u00e8res avec sa langue, me l\u00e8che du front au torse. Je suis debout et elle est \u00e0 genoux. Sa bouche est une petite caverne de soie.<br \/>\nElle est couch\u00e9e maintenant. Ma t\u00eate a roul\u00e9e entre ses jambes et ses doigts \u00e9corchent mon cuir-chevelu.<br \/>\nDerri\u00e8re elle.<br \/>\nMes mains ont pris de l&rsquo;assurance, malm\u00e8nent ses \u00e9paules, malaxent sa nuque, tirent sa chevelure, ramenant sa t\u00eate vers l&rsquo;arri\u00e8re. Je cherche sa bouche mais ma langue n&rsquo;atteint que ses tempes humides. Je mange les cheveux qui s&rsquo;y collent. Mes doigts s&rsquo;attaquent \u00e0 sa bouche ferm\u00e9e qui gronde comme une forge ivre. Je cherche \u00e0 d\u00e9sunir ses l\u00e8vres, je veux entendre sa voix couler comme un torrent. Ses dents mordent ma main \u00e0 la faire saigner. Alors ma bouche enserre son cou et mes canines rentrent dans sa chair tendre comme du pain d&rsquo;\u00e9pice.<\/p>\n<p>Je sors de la cabine sans sentir le sable qui murmure sous mes pieds. Aussit\u00f4t je suis assailli par les gar\u00e7ons de ma bande qui -complices ou envieux, selon leur exp\u00e9rience- me demandent mille d\u00e9tails. Je les laisse me porter, me taper dans le dos, me donner des gifles amicales. Et moi je leur r\u00e9ponds par des bourrades d&rsquo;homme. ils regardent ma main douloureuse dont chaque m\u00e9tacarpe est incis\u00e9 un forme de demi-lune.<\/p>\n<p>Je ne suis jamais rentr\u00e9 aussi tard. Avec mes lascars, nous avons bu des bi\u00e8res puissantes et am\u00e8res, fum\u00e9 des cigarettes vendues par des contrebandiers. Maman m&rsquo;attend sous la v\u00e9randa. Je touche ma tasse de th\u00e9 hindou. Froid. Glac\u00e9. Elle se l\u00e8ve, se propose de r\u00e9chauffer la boisson sur le po\u00eale en c\u00e9ramique. J&rsquo;acquiesce. Elle part \u00e0 la cuisine en chantonnant. Il y a peut-\u00eatre des jours comme \u00e7a, o\u00f9 tout le monde est heureux. Elle revient quelques instants plus tard avec ma tasse fumante. Elle s&rsquo;assoit sur un des accoudoirs de ma chaise, m&rsquo;\u00e9bouriffe les cheveux, s&rsquo;inqui\u00e8te de ma main enfl\u00e9e dont j&rsquo;ai recouvert les stigmates d&rsquo;une piteuse charpie. Je la rassure, lui disant que je me suis \u00e9rafl\u00e9 contre les arr\u00eates d&rsquo;un rocher vieux gar\u00e7on et aigri. Elle rit. Ses bras sont autour de mon cou. Puis elle fait basculer sa t\u00eate contre ma poitrine. Moi aussi je suis bless\u00e9e, dit-elle en d\u00e9signant sa nuque. Mes doigts \u00e9cartent sa chevelure et j&rsquo;aper\u00e7ois \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de son cou l&#8217;empreinte de mes dents.<br \/>\nElle l\u00e8ve les yeux vers moi et me sourit.<\/p><\/blockquote>\n<p>Nouvelle ecrite dans le cadre du concours de J.Presse \u00ab\u00a0Deux heures pour \u00e9crire\u00a0\u00bb dont le th\u00e8me \u00e9tait \u00ab\u00a0La queue \u00e0 la cabine\u00a0\u00bb (1999).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cabine \u00e9tait tant\u00f4t un boudoir capitonn\u00e9 de satin, tant\u00f4t une hutte au sol rouge recouvert de feuilles odorantes, tant\u00f4t une barque flottant sur un fleuve minuscule et secret, bouillonnant dans la vapeur. L&rsquo;inconnue fut d\u00e9crite comme une andalouse aux yeux d&rsquo;amadou, puis comme une courtisane scandinave, puis comme une princesse du royaume de Siam, enfin comme une rousse aux yeux saphir piquet\u00e9s d&rsquo;or. 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