{"id":384,"date":"2010-12-31T09:00:25","date_gmt":"2010-12-31T08:00:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/?p=384"},"modified":"2011-01-02T17:43:13","modified_gmt":"2011-01-02T16:43:13","slug":"pearl","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/pearl\/","title":{"rendered":"Pearl"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"Pearl\" src=\"http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/pearl.jpg\" alt=\"\" width=\"232\" height=\"52\" \/><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/pearl.pdf\" target=\"_blank\">T\u00e9l\u00e9chargez Pearl au format PDF : \u00a0http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/pearl.pdf<\/a><\/p>\n<blockquote><p>PEARL<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu sais, Connie, je n&rsquo;ai pas aim\u00e9 ta fa\u00e7on de regarder Wesley quand il t&rsquo;a offert cette glace aux noix de p\u00e9can.<br \/>\n&#8211; Parce que je l&rsquo;ai regard\u00e9 comment, selon toi ?<br \/>\n&#8211; Connie ! Tu sais bien ce que je veux dire ! Tu as regard\u00e9 Wesley comme si&#8230;.comme s&rsquo;il comptait pour toi.<br \/>\n&#8211; Mais bien s\u00fbr que Wesley compte pour moi ! C&rsquo;est un ami et&#8230;<br \/>\n&#8211; Ne joue pas avec moi, Connie baby. NE JOUE PAS AVEC MOI ! Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le regard qu&rsquo;on adresse \u00e0 un ami. Et lui , il t&rsquo;a regard\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re. C&rsquo;\u00e9tait&#8230;.c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9 !<br \/>\n&#8211; Luke Hamilton ! Je regarde les gens comme j&rsquo;en ai envie ! Tu sais que j&rsquo;adore les noix de p\u00e9can. La glace \u00e9tait d\u00e9licieuse et j&rsquo;ai adress\u00e9 \u00e0 Lew un regard amical, c&rsquo;est tout !<br \/>\n&#8211; Non, Connie ! NON ! Parce que ce regard tu lui as adress\u00e9 AVANT de go\u00fbter la glace ! Comment savais-tu qu&rsquo;elle allait \u00eatre d\u00e9licieuse ? \u00a0\u00bb<br \/>\nLa nana du casting me fait signe d&rsquo;arr\u00eater. Merci, dit-elle, nous vous recontacterons. Ce qu&rsquo;elle ne fera jamais. Pour moi, c&rsquo;est la trente-huiti\u00e8me audition rat\u00e9e depuis janvier, une sorte de record dans le Guiness Book des loosers. L&rsquo;agent de casting qui me donnait la r\u00e9plique me regarde avec un subtil m\u00e9lange d&rsquo;indiff\u00e9rence et de m\u00e9pris. Je suis touch\u00e9 en plein coeur.<br \/>\n\u00a0\u00bb Strangeways, here we come\u00a0\u00bb, une s\u00e9rie clone de \u00ab\u00a0Dawson\u00a0\u00bb programm\u00e9e pour septembre, se fera sans moi.<br \/>\nJe sors du studio \u00e0 midi trente. J&rsquo;essaye de me convaincre que je n&rsquo;ai pas faim car je n&rsquo;ai rien \u00e0 me payer sinon de l&rsquo;amertume.<\/p>\n<p>A l&rsquo;Office Municipal pour l&rsquo;Emploi, je fais la queue deux heures et demi avant de rencontrer ma nouvelle conseill\u00e8re. C&rsquo;est une assez jolie fille qui r\u00e9pond au doux nom d&rsquo;Amanda Kruger. \u00a0\u00bb Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer, monsieur Hasselblaink. Vous allez finir par d\u00e9crocher quelque chose. Vous \u00eates joli gar\u00e7on.\u00a0\u00bb Ayant jaug\u00e9 la nana et \u00e9tant convaincu qu&rsquo;elle ne cherche pas \u00e0 me proposer la sieste crapuleuse, j&rsquo;en d\u00e9duis que c&rsquo;est le seul compliment qu&rsquo;elle ait pu adresser \u00e0 un minable dans mon genre. \u00a0\u00bb Et encore, mademoiselle Kruger, vous n&rsquo;avez pas tout vu !<br \/>\n&#8211; Hu ! Hu ! Hu ! Vous n&rsquo;allez tout de m\u00eame pas vous d\u00e9shabiller ici ?<br \/>\n&#8211; Il faudra bien, si vous voulez me proposer un r\u00f4le dans une production&#8230;disons parall\u00e8le.\u00a0\u00bb<br \/>\nMais elle n&rsquo;a rien \u00e0 me proposer, m\u00eame pas un r\u00f4le de bite en \u00e9rection chez Luca Damiano.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nMon quartier s&rsquo;appelle Santa Velada. C&rsquo;est la colline des pauvres, un monticule de terre bouff\u00e9 par les chancres : campagne pollu\u00e9e et vergogneuse, maisons pouilleuses et h\u00f4tels bon march\u00e9. Un endroit habit\u00e9 par des clodos \u00e0 la petite semaine, des \u00e9tudiants mis\u00e9reux, des putes, des Latinos, et moi. Ce lieu -cette chose- est la mauvaise conscience d&rsquo;Hollywood, son r\u00e9servoir de cadavres et de p\u00e9quenots.<br \/>\nJe dors par terre parce que je soup\u00e7onne mon logeur de louer mon lit \u00e0 l&rsquo;heure durant mon absence. Comme je lui paye le loyer une fois tous les trois mois, je laisse courir.<\/p>\n<p>Un matin sans caf\u00e9. L&rsquo;eau chaude me r\u00e9veille moyennement. Une pute hurle en espagnol parce que son client l&rsquo;encule. De quoi se plaint-elle ? Elle a gagn\u00e9 sa journ\u00e9e et les amateurs de prostitu\u00e9s sont rarement membr\u00e9s comme des \u00e9talons. j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;appeler ma m\u00e8re pour lui signifier mon retour \u00e0 Springfield, Iowa. J&rsquo;irai pleurer dans son giron apr\u00e8s deux ans d&rsquo;une longue fugue et le fils prodigue prendra un m\u00e9tier comme il faut, charpentier ou forgeron, un m\u00e9tier de l\u00e0-bas, un truc o\u00f9 il faut r\u00e9fl\u00e9chir avec ses doigts. Ma maman fondra en larmes en me disant qu&rsquo;elle a toujours su et papa ne dira rien, comme d&rsquo;habitude. Il mangera en silence jusqu&rsquo;au fromage. Il coupera le pain avec sa lame qui ferait p\u00e2lir le Grand Tch\u00e9ch\u00e8ne, poussera un juron, puis m&#8217;emm\u00e8nera dans les champs pour me montrer les \u00e9toiles toujours \u00e0 la m\u00eame place et heureuses d&rsquo;y \u00eatre. Un vrai conte de f\u00e9es.<br \/>\nC&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9. Je tend la main pour d\u00e9crocher le combin\u00e9 mais le t\u00e9l\u00e9phone sonne avant. C&rsquo;est miss Kruger. \u00a0\u00bb Vous \u00eates com\u00e9dien, monsieur Hasselblaink. J&rsquo;ai un emploi qui pourrait vous int\u00e9resser. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le boulot est \u00e0 Simpson Lane, deux bornes derri\u00e8re Beverly Hills, dans une for\u00eat de s\u00e9quoias. Une demeure du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle aux toits bord\u00e9s de tourelles. La baraque s&rsquo;appelle Mahan Grave. Un grand parc que je traverse \u00e0 pieds sous un d\u00e9luge de flotte. Pour m&rsquo;accueillir en haut du perron, un Noir pommad\u00e9 qui porte gilet \u00e0 poches et canotier. \u00a0\u00bb Vous aimez Blubbie Harris, jeune homme ?<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est quoi, old timer ? Un cheval ? La villa de Demi Moore \u00e0 Pacific Palissades ?<br \/>\n&#8211; Jeune sot ! C&rsquo;est un danseur ! Le plus grand, l&rsquo;idole de Fred Astaire. Mais il est mort \u00e0 trente deux ans dans un accident de voiture. Seulement on en parle moins que Jimmy Dean !<br \/>\n&#8211; Ah ! Et vous le connaissiez ?<br \/>\n&#8211; Bien s\u00fbr, imb\u00e9cile ! C&rsquo;est moi ! \u00a0\u00bb<br \/>\nLe branque se met \u00e0 descendre l&rsquo;escalier du perron en sautillant. Il ex\u00e9cute quelques entrechats sur les marches en chantonnant d&rsquo;une voix chevrotante puis se vautre par terre apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre emm\u00eal\u00e9 les cannes. Ses fausses dents se sont fait la malle dans une flaque de boue infest\u00e9e d&rsquo;escargots. Je ramasse le gars dont les os grincent comme des poulies mal huil\u00e9es. \u00a0\u00bb Pas de mal, papy ? je lui demande.<br \/>\n&#8211; Gene Kelly avait savonn\u00e9 les marches, l&rsquo;enfoir\u00e9 !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>A l&rsquo;int\u00e9rieur, personne ne se bouscule pour s&rsquo;occuper du Barrischnikov de Harlem. Une infirmi\u00e8re accorte se dirige vers nous en baillant, ce qui, vous l&rsquo;\u00e9tendue de ses capacit\u00e9s pulmonaires, priverait d&rsquo;oxyg\u00e8ne la station Mir pendant une ann\u00e9e lumi\u00e8re. \u00a0\u00bb Alors Bart, elle dit au vieux, on a encore voulu faire le remake de \u00ab\u00a0Chantons sous la pluie\u00a0\u00bb ?<br \/>\n&#8211; Il s&rsquo;est peut-\u00eatre fait mal, je dis. Regardez, il saigne de la bouche.<br \/>\n&#8211; La bave est h\u00e9mostatique, me r\u00e9torque la matrone. \u00a0\u00bb<br \/>\nElle entra\u00eene le vieillard vers une pi\u00e8ce blanche. Infirmerie, ou camp d&rsquo;extermination ? Un type bien sap\u00e9 vient vers moi. \u00a0\u00bb Qui demandez-vous ? Les visites se font sur rendez-vous, vous savez.<br \/>\n&#8211; Je viens de la part de miss Kruger. Jimmy Hasselblaink. Je viens pour le poste.<br \/>\n&#8211; Ha ! \u00ab\u00a0.<br \/>\nC&rsquo;est un ha de d\u00e9fiance. Il m&rsquo;examine sous toutes les coutures. \u00a0\u00bb Vous \u00eates bien jeune pour ce genre de travail. Et puis d&rsquo;habitude nous pr\u00e9f\u00e9rons les femmes. Plus travailleuses, plus d\u00e9vou\u00e9es. Les femmes savent ce que le mot abn\u00e9gation veut dire.<br \/>\n&#8211; Ecoutez, monsieur, ce que vous allez me proposer ne peut pas \u00eatre pire que ce que j&rsquo;ai pu faire jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui.<br \/>\n&#8211; Bien, \u00e7a ! r\u00e9pond me type, subitement r\u00e9joui. Mais dites moi&#8230;.vous ne sortez pas de prison, quand m\u00eame ?<br \/>\n&#8211; Je suis acteur.<br \/>\n&#8211; Ah ! (un ah neutre). Et vous jouez dans quoi ?<br \/>\n&#8211; Dans rien, justement.<br \/>\n&#8211; Je vois&#8230;. Vous \u00eates notre homme. \u00a0\u00bb<br \/>\nJe pars \u00e0 sa suite dans un labyrinthe de couloirs fait de murs peints en ocre. \u00a0\u00bb Je suis Leland Lalas, me dit le type. Je dirige cette institution. On vous a dit, pour le salaire .<br \/>\n&#8211; Deux cents par semaine, \u00e7a me va.<br \/>\n&#8211; Oui ! Cela vous fera de l&rsquo;argent de poche pour vos soir\u00e9es ol\u00e9-ol\u00e9 d&rsquo;artiste ! \u00a0\u00bb<br \/>\nIl s&rsquo;arr\u00eate brusquement. \u00a0\u00bb Oh ! Excusez-moi ! J&rsquo;esp\u00e8re que je ne vous ai pas choqu\u00e9. Ou bless\u00e9. C&rsquo;est mon grand d\u00e9faut ! Mes paroles d\u00e9passent parfois mes pens\u00e9es. Je suis en analyse pour cela, vous savez.<br \/>\n&#8211; Cela ne me choque pas le moins du monde. Vous avez vu juste. Mais en fait de soir\u00e9es, appelons un chat un chat et disons que ce sont des partouzes \u00e0 starlettes. \u00a0\u00bb<br \/>\nIl devient cramoisi. Sa main droite est agit\u00e9e de tremblements. \u00a0\u00bb Je plaisante, monsieur Lalas ! A moi de m&rsquo;excuser maintenant !<br \/>\n&#8211; Ah bien ! Bien ! Vous rencontrez aussi des difficult\u00e9s dans l&rsquo;expression de votre Moi ?<br \/>\n&#8211; Tout le temps.<br \/>\n&#8211; Nous allons bien nous entendre. Vous \u00eates d\u00e9finitivement l&rsquo;homme de la situation. \u00a0\u00bb<br \/>\nIl me fait visiter le bahut. C&rsquo;est une maison de repos pour anciens acteurs et danseurs, un mouroir pour les \u00e9clop\u00e9s du Spectacle, connus, pas connus, oubli\u00e9s, les d\u00e9bris d&rsquo;Hollywood. \u00a0\u00bb Dites, monsieur Lalas, le petit Noir qui fait des claquettes sous la pluie, c&rsquo;est bien Gr&#8230;..<br \/>\n&#8211; Chut, malheureux ! Taisez-vous ! \u00a0\u00bb<br \/>\nRouge comme un homard et \u00e9nerv\u00e9 comme un taureau il m&rsquo;explique la r\u00e8gle num\u00e9ro un. \u00a0\u00bb A Mahan Grave, nous n&rsquo;appelons personne par son vrai nom. Nos clients r\u00e9clament la discr\u00e9tion. Pas de journalistes, ici. Pas de fans. Nous nous sommes engag\u00e9s \u00e0 apporter \u00e0 nos clients repos, tranquillit\u00e9 et anonymat. Aussi sommes nous oblig\u00e9s de renommer nos pensionnaires. Secret professionnel. Vous vous habituerez. Ainsi, lorsque vous serez amen\u00e9 \u00e0 parler de votre travail \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, vous ne citerez aucun nom connu. C&rsquo;est notre m\u00e9thode. Notre philosophie. Vous allez r\u00e9p\u00e9ter apr\u00e8s moi : l&rsquo;homme que j&rsquo;ai vu s&rsquo;appelle Bart Mitchelli. R\u00e9p\u00e9tez !<br \/>\n&#8211; Vous voulez dire le fou dansant, Greg&#8230;<br \/>\n&#8211; R\u00e9p\u00e9tez !<br \/>\n&#8211; Il ne s&rsquo;agit pas de Gr&#8230;.heu&#8230;.mais bien de Bart Andretti. Tout le monde le sait.<br \/>\n&#8211; Mitchelli, monsieur Hasselblaink. Mi-Tchel-li. C&rsquo;est pourtant simple, bon sang, puisque c&rsquo;est son nom ! \u00a0\u00bb<br \/>\nApr\u00e8s son hospice, il est m\u00fbr pour diriger une secte.<br \/>\nIl me montre rapidement les chambres, les communs, le parc. Je dois revenir demain \u00e0 sept heures pour travailler jusqu&rsquo;\u00e0 vingt heures, et ceci trois fois par semaine. Au moment de me quitter, Lalas prend une mine de comploteur. \u00a0\u00bb Dites, dans vos partouzes d&rsquo;artistes, il y a des gar\u00e7ons pr\u00e9 pub\u00e8res ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le lendemain, je suis sur le pont \u00e0 l&rsquo;heure dite. L&rsquo;infirmi\u00e8re de nuit fait \u00e0 la chasse aux petits vieux insomniaques qui se sont carapat\u00e9s dans le parc. \u00a0\u00bb Si vous croyez qu&rsquo;on s&rsquo;amuse la nuit, avec ces loustics ! elle me dit. Ils dorment pas. On a beau les gaver de g\u00e9lules, ils ferment pas les yeux. Le matin c&rsquo;est pareil. Si vous imaginez vous la couler douce, c&rsquo;est foir\u00e9 !<br \/>\n&#8211; Mais ils dorment quand alors ? je demande ing\u00e9nument.<br \/>\n&#8211; Quand ils sont crev\u00e9s. \u00a0\u00bb<br \/>\nLa sentence est ponctu\u00e9e d&rsquo;un signe de croix sans doute destin\u00e9 \u00e0 sauver de l&rsquo;enfer l&rsquo;\u00e2me de cette salope.<\/p>\n<p>Bien que je ne puisse pratiquer aucun soin, on m&rsquo;affuble d&rsquo;une magnifique blouse blanche munie de larges poches lat\u00e9rales dans lesquelles je suis sens\u00e9 placer mes mains. Cela impressionne les petits vieux, para\u00eet-il. Au bout d&rsquo;une heure pass\u00e9e \u00e0 d\u00e9ambuler dans les couloirs, trois d&rsquo;entre eux m&rsquo;ont donn\u00e9 du \u00ab\u00a0docteur\u00a0\u00bb, ce qui me fait mieux comprendre l&rsquo;attachement pathologique \u00e0 l&rsquo;uniforme qui atteint ceux qui en portent.<br \/>\nMon boulot consiste \u00e0 tra\u00eener dans l&rsquo;hospice pour surveiller les pensionnaires, \u00e9viter qu&rsquo;ils fassent la grosse commission dans le placard \u00e0 balais, piquent les revues pornos oubli\u00e9es dans la salle des malabars de nuit, ou bien que les vieillards encore verts n&#8217;empapaoutent les m\u00e9m\u00e9s dont le cerveau d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 emp\u00eache l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un libre consentement.<\/p>\n<p>Dans ce genre de travail, on a vite ses chouchous. J&rsquo;ai pris sous mon aile le fou dansant, Bart Machin, frapp\u00e9 pr\u00e9cocement par cette saloperie d&rsquo;Heilzeimer mais qui n&rsquo;a rien perdu de sa vivacit\u00e9 dans les pirouettes. Je me sens redevable car sa chute survenue au moment de notre rencontre lui a bleuie les fesses au point qu&rsquo;il ne peut plus s&rsquo;asseoir. Au bout d&rsquo;une semaine, on m&rsquo;autorise \u00e0 lui administrer de la pommade sur ses parties endolories. Un jour, apr\u00e8s une application, il se retourne vers moi pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par une formidable \u00e9rection et je d\u00e9cide qu&rsquo;il est gu\u00e9ri.<br \/>\nJ&rsquo;aime bien \u00e9galement Marguerite, baronne de la Roche Jagu (je me demande d&rsquo;o\u00f9 sortent ces noms, probablement du cerveau d\u00e9rang\u00e9 de Leland Lalas), une ancienne actrice fran\u00e7aise dont les liftings sont des merveilles mais dont les connexions neurologiques ont pris du mou. Elle se la joue tr\u00e8s \u00ab\u00a0vieille France\u00a0\u00bb dans sa chambre am\u00e9nag\u00e9e avec ses objets personnels. Seul meuble \u00e9tranger objet de sa fiert\u00e9 et de son courroux : un merveilleux secr\u00e9taire anglais dont elle garde la petite cl\u00e9 (en or) autour de son cou. On la dit fort riche, m\u00eame si elle vit chichement, sans s&rsquo;offrir un r\u00e9gime diff\u00e9rent des autres pensionnaires. Nous prenons le caf\u00e9 plusieurs fois par jour selon un rituel tr\u00e8s \u00e9tudi\u00e9. Elle ne quitte jamais ses gants. Remarquable, pour cette fille de poissonnier de Toulon que les affiches de films jaunies par les ann\u00e9es et \u00e9pingl\u00e9es aux murs repr\u00e9sentent invariablement en petite tenue avec des d\u00e9collet\u00e9s pigeonnants. Elle parle am\u00e9ricain avec un affreux accent entretenu sciemment, m\u00ealant \u00e0 sa conversation quelques mots de fran\u00e7ais qui me rappellent les cours auxquels j&rsquo;ai assist\u00e9 en arrivant ici, \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Los Angeles. Nous \u00e9voquons Litt\u00e9rature, Musique et Cin\u00e9ma. Nous parlons du Talent, de la Cr\u00e9ation. L&rsquo;Am\u00e9rique est rarement cit\u00e9e.<br \/>\nC\u00f4toyer Marguerite, c&rsquo;est \u00e9galement c\u00f4toyer Winston Butler, son \u00e9ternel soupirant. Du temps de sa splendeur, on surnommait Winston le \u00ab\u00a0Taureau d&rsquo;Hollywood\u00a0\u00bb. Un cancer lui bouffe l&rsquo;int\u00e9rieur de la charpente mais il a gard\u00e9 bonne haleine et ses sens sont au maximum de leur exacerbation. Oblig\u00e9 de porter des pantalons tr\u00e8s amples pour masquer une virilit\u00e9 \u00e9tonnante, le taureau se fait agneau lorsqu&rsquo;il croise la baronne de la Roche Jagu. Il bafouille, offre des fleurs cueillies dans le parc, boit le th\u00e9 avec Marguerite dans de fr\u00eales tasses dont ses grosses mains ne savent que faire. Il interpr\u00e8te \u00e0 la perfection un r\u00f4le de jeune premier romantique transi, r\u00f4le que son mince talent lui avait toujours refus\u00e9.<br \/>\nLes rapports entre Winston et moi sont quelque peu tendus depuis qu&rsquo;il a remarqu\u00e9 l&rsquo;affection sinc\u00e8re que me porte sa douce proie. Path\u00e9tiquement, il cherche \u00e0 enrichir son pauvre Fran\u00e7ais, notamment par la correction de son effroyable accent, en \u00e9coutant des cassettes de le\u00e7ons bilingues. Aussi l&rsquo;entend-on murmurer dans les couloirs, baladeur sur les oreilles, des phrases incompr\u00e9hensibles telles que \u00ab\u00a0Michel, auriez-vous l&rsquo;obligeance de me passer la moutarde, s&rsquo;il-vous-pla\u00eet ?\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Ciel ! Brigitte, le temps se couvre. Allons nous r\u00e9fugier dans la R16 !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je limite rapidement mon r\u00f4le \u00e0 une surveillance l\u00e9g\u00e8re. Je d\u00e9cide de laisser les vieux vaquer \u00e0 leurs occupations, fermant les yeux sur leurs petits actes de folie ordinaire tant qu&rsquo;ils ne se blessent pas ou mettent en danger les autres. Ce qui ne m&#8217;emp\u00eache pas porter secours \u00e0 certains qui s&rsquo;irritent la couenne dans leurs couches remplies. La plupart sont lav\u00e9s uniquement \u00e0 l&rsquo;occasion des rares visites familiales. Leur peau se craquelle alors sous l&rsquo;effet de l&rsquo;eau, \u00e0 laquelle ils ne sont plus habitu\u00e9s.<\/p>\n<p>Mes \u00e9changes culturels avec la baronne me persuadent de la futilit\u00e9 de vouloir percer dans le sitcom ou le film \u00e0 grand spectacle. A l&rsquo;\u00e9vidence, mes lointaines racines europ\u00e9ennes (peu glorieuses, pourtant, puisque mang\u00e9es par les parasites dans un champ Irlandais), se r\u00e9v\u00e8lent d\u00e9terminantes, me faisant pr\u00e9f\u00e9rer Rossellini \u00e0 Roland Emmerich et Raimu \u00e0 Tom Hanks. Inutile de courir les castings \u00e0 soupe d&rsquo;Hollywood. Je d\u00e9cide de me refaire une virginit\u00e9 de com\u00e9dien dans un cours tendance de Venise Beach avant d&rsquo;\u00e9migrer \u00e0 Broadway pour br\u00fbler les planches des th\u00e9\u00e2tres d&rsquo;avant-garde \u00e0 l&rsquo;instar de mon idole Christopher Walken. Libre \u00e0 moi ensuite de revenir \u00e0 L.A. via Sundance pour participer \u00e0 des projets ambitieux et tellement europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Ma premi\u00e8re journ\u00e9e off consacr\u00e9e \u00e0 mon nouveau cours de th\u00e9\u00e2tre tourne au cauchemar. Je me retrouve au milieu d&rsquo;actrices anorexiques qui se tordent les mains et d&rsquo;acteurs \u00e0 petites lunettes d&rsquo;\u00e9cailles qui sentent la sueur et les complexes. Jethro Maiden, le professeur, baigne avec d\u00e9lice dans ce jus de douleur, la n\u00e9vropathie appliqu\u00e9e semblant constituer la base de son enseignement.<br \/>\nMon tour arrive de monter sur la sc\u00e8ne depuis laquelle Jethro tr\u00f4ne, fi\u00e9vreux et chauve. Il me toise comme si j&rsquo;\u00e9tais un extraterrestre douteux. \u00a0\u00bb Dis-moi, Jimmy, as-tu un hobbie ? Je ne parle \u00e9videmment pas d&rsquo;une collection de capsules de soda ou de morceaux d&rsquo;\u00e9pave du Titanic.<br \/>\n&#8211; Oui, monsieur. Je travaille.<br \/>\n&#8211; Ah parce que ce que tu fais ici n&rsquo;est pas du travail !<br \/>\n&#8211; Ici j&rsquo;\u00e9tudie, monsieur.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est ainsi que tu appr\u00e9hendes cette&#8230;exp\u00e9rience ? Comme celle d&rsquo;une salle de classe ? Crois-tu que je sois un professeur ?&#8230;<br \/>\n&#8211; Non, d&rsquo;ailleurs vous n&rsquo;avez pas de blouse grise. Mais c&rsquo;est peut-\u00eatre un pi\u00e8ge. \u00a0\u00bb<br \/>\nDans la salle, aucun \u00e9clat de rire. Les filles se tordent les mains de plus belle, pour certaines les jointures deviennent translucides. Les gar\u00e7ons se grattent leurs boutons, donnant \u00e0 leur visage l&rsquo;apparence d&rsquo;un sol de plan\u00e8te bombard\u00e9e d&rsquo;ast\u00e9ro\u00efdes. \u00a0\u00bb Tr\u00e8s dr\u00f4le, Jimmy, s&rsquo;\u00e9trangle Maiden. Tu fais partie de cette race (grimace appuy\u00e9e) de com\u00e9dien dont le but est de briller en soci\u00e9t\u00e9 ? Hum&#8230;.(il se polit le cr\u00e2ne) je n&rsquo;ai pas encore d\u00e9cid\u00e9 si tu \u00e9tais brillant ou idiot. Etonne-moi. Etonne-nous (frissons dans l&rsquo;assistance, deux \u00e9vanouissements). Parle-nous de ton&#8230;.travail. Enfin, de ce que tu consid\u00e8res \u00eatre ton vrai travail.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est alimentaire, monsieur. Je travaille dans un hospice de vieillards.<br \/>\n&#8211; Je vois (bruits des ongles tourment\u00e9s sur la chair du cr\u00e2ne). Si tu cherches \u00e0 te confronter \u00e0 la laideur et \u00e0 la mis\u00e8re du quotidien, il te suffirait pourtant de te regarder tous les matins dans le miroir sans tain de ton inconscient. Hum&#8230;Tu vas t&rsquo;identifier \u00e0 un de tes&#8230;\u00e0 une de ces personnes dont tu t&rsquo;occupes. Ce te convient, ou bien est-ce trop trivial pour ton esprit sup\u00e9rieur ?<br \/>\n&#8211; Vous \u00eates s\u00fbr, monsieur ? Je veux dire&#8230;.<br \/>\n&#8211; Cesse de dire monsieur ! Ta culture cin\u00e9matographique est bloqu\u00e9e sur Officier et Gentleman ? Tu vas t&rsquo;identifier \u00e0 un vieillard s\u00e9nile et t\u00e9trapl\u00e9gique. Tu peux faire la branche morte pendant une heure si cela te chante. Il faut simplement que tu ressentes cette vie, que tu te l&rsquo;appropries. \u00a0\u00bb<br \/>\nJe reste immobile pendant quinze longues minutes. Le prof ne cille pas. Je me tasse lentement, imperceptiblement, comme victime d&rsquo;une ost\u00e9oporose foudroyante. Ma voix change, se casse, tremble et entame une ritournelle de Bille Holliday. A smile on my face, a song on my lips, I&rsquo;m painting the town red&#8230; Aucune r\u00e9action de la part de Jethro. Je ferme les yeux et je sens l&rsquo;urine qui coule sur mes jambes, qui se r\u00e9pand sur la sc\u00e8ne, faisant des m\u00e9andres comme un ruisseau d&rsquo;orage.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la baronne qui me console dans son boudoir. \u00a0\u00bb Ils t&rsquo;ont renvoy\u00e9 avant que tu ne leur claque la porte au nez, mon petit Jimmy. Ah ! Si tu savais ce que j&rsquo;ai d\u00fb moi m\u00eame endurer. J&rsquo;ai travaill\u00e9 avec de sacr\u00e9s tocards. Tiens, le pire c&rsquo;\u00e9tait Bernard&#8230;.Bernard&#8230;Zut ! J&rsquo;ai oubli\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 son nom. Eh bien ce fameux Bernard, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de le&#8230; enfin de lui&#8230;Oh ! Tu me comprends. Au d\u00e9but c&rsquo;est presque le s\u00e9same incontournable. \u00e7a te fait l&rsquo;estomac, si j&rsquo;ose dire. Ensuite, une fois que tu deviens la star, ce sont eux qui se mettent \u00e0 genoux pour honorer&#8230;.ton talent. Et c&rsquo;est terrible pour leurs rhumatisme. Certains ne s&rsquo;en sont jamais relev\u00e9s. \u00a0\u00bb Passant du coq \u00e0 l&rsquo;\u00e2ne, elle me parle de la f\u00eate de l&rsquo;hospice qui a lieu dans un mois. Son grand projet est de repr\u00e9senter la sc\u00e8ne finale de \u00ab\u00a0Duel au soleil\u00a0\u00bb. Je l&rsquo;approuve avec chaleur car c&rsquo;est une sc\u00e8ne qui me donne toujours le frisson malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de Gregory Peck, expressif comme un abat de porc. \u00ab\u00a0Il faudrait, reprend la baronne, arriver \u00e0 convaincre Winston de jouer le r\u00f4le de Lew. C&rsquo;est le moins s\u00e9nile de la bande et physiquement le mieux conserv\u00e9. J&rsquo;ai ma dignit\u00e9, tout de m\u00eame. \u00a0\u00bb Je lui promet d&rsquo;en parler au vieux taureau et je la quitte en lui donnant l\u00e9ger baiser sur la main, notre signe d&rsquo;adieu.<\/p>\n<p>Au dessus du parc, le temps est au beau fixe. Bart Mitchelli est pris d&rsquo;une fr\u00e9n\u00e9sie d&rsquo;entrechats. Je surveille ses virevoltes, m&rsquo;assurant qu&rsquo;il ne blesse personne en faisant l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re. Il s&rsquo;arr\u00eate brutalement, s&rsquo;agenouille, porte une main \u00e0 son coeur. Je cours vers lui \u00e0 toutes jambes. Je veux le relever mais il me fait signe de ne pas le toucher. Je le couche par terre dans la position lat\u00e9rale de s\u00e9curit\u00e9. Un infirmier d\u00e9boule et pratique les examens d&rsquo;urgence. \u00a0\u00bb Alors ? je dis, faut l&#8217;emmener \u00e0 l&rsquo;hosto ? J&rsquo;appelle une ambulance ?<br \/>\n&#8211; Mais non ! fait l&rsquo;infirmier qui se rel\u00e8ve en se grattant la raie de fesses. Il a simplement eu trop chaud avec ses cinq \u00e9paisseurs de v\u00eatements. Le vieux c&rsquo;est frileux mais faut pas que \u00e7a s&rsquo;\u00e9chauffe de trop sinon le sang se met \u00e0 tourner dans le mauvais sens.<br \/>\n&#8211; Dis-donc (moi aussi je m&rsquo;\u00e9chauffe), t&rsquo;es infirmier ou rebouteux ? Et je te signale qu&rsquo;il est en train de prendre racine dans l&rsquo;herbe. T&rsquo;attends que les fourmis pondent dans ses narines ?<br \/>\n&#8211; Ta gueule, Hasselblaink ! C&rsquo;est de ta faute. Tu es sens\u00e9 surveill\u00e9 ces pauvres cloches. \u00a0\u00bb<br \/>\nIl se casse. Je rel\u00e8ve Bart. \u00a0\u00bb \u00e7a va aller, papy ?<br \/>\n&#8211; T&rsquo;as reconnu, gamin ? T&rsquo;as reconnu ?<br \/>\n&#8211; Reconnu qui ?<br \/>\n&#8211; Le film sur Harlem ! La sc\u00e8ne finale de claquettes sur une petit escalier, avec le montage parall\u00e8le sur la mort du Hollandais; t&rsquo;as reconnu ? J&rsquo;\u00e9tais tellement bon ces jours-l\u00e0 !<br \/>\n&#8211; Monsieur Coppola m&rsquo;en parle tous les jours. Vraiment.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est dur, fiston. Il y a des matins o\u00f9 j&rsquo;oublie qu&rsquo;il faut mettre des chaussures. De toute fa\u00e7on je n&rsquo;y arrive plus avec les lacets. Mes doigts me disent merde. \u00a0\u00bb<br \/>\nJe le raccompagne jusqu&rsquo;\u00e0 sa chambre. Je le couche sur son lit apr\u00e8s avoir retir\u00e9 ses classieuses chaussures bicolores h\u00e9rit\u00e9es du tournage. Il me prend le bras comme une perche d&rsquo;espoir. \u00a0\u00bb Tu sais, gamin, j&rsquo;ai besoin de soleil.<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est pas ce qui manque ici, papy.<br \/>\n&#8211; Je te parle du soleil d&rsquo;Afrique, fils. Sierra Leone. Pas du soleil affadi par les Blancs, m\u00eame \u00e7a ils ne respectent pas. Ils d\u00e9truisent tout, ils polluent tout, ils nous ont invent\u00e9 la tuberculose.\u00a0\u00bb<br \/>\nLa suite est incoh\u00e9rente. Je reste un petit peu le temps qu&rsquo;il s&rsquo;endorme. Quel \u00e2ge peut-il avoir ? Cinquante ans, pas plus. Un visage encore jeune dont les muscles sont trahis par un cerveau d\u00e9bile.<\/p>\n<p>Occup\u00e9 \u00e0 rab\u00e2cher ses cours de Fran\u00e7ais, Winston d\u00e9ambule dans un couloir. D\u00e8s qu&rsquo;il me voit, il se fige et me sort en pleine face : \u00ab\u00a0Alphonse, tu n&rsquo;es pas chic ! Tu as d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 mon mange-disque ! \u00a0\u00bb Comme je ne lui r\u00e9ponds rien, il se rengorge. \u00a0\u00bb Qu&rsquo;est-ce que tu dis de \u00e7a, petit ?<br \/>\n&#8211; Je n&rsquo;en dis rien, Winston, parce que je n&rsquo;ai rien compris.<br \/>\n&#8211; AH ! s&rsquo;exclame t-il triomphalement, comme en conclusion d&rsquo;une d\u00e9monstration savante.<br \/>\n&#8211; Et toi, tu peux m&rsquo;\u00e9clairer sur ce que \u00e7a veut dire ?<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est du FRANCAIS, jeune b\u00e9otien. Trop subtil pour un blanc-bec dans ton genre.<br \/>\n&#8211; Eh bien va en causer \u00e0 la baronne. Elle cherche des gens de qualit\u00e9 et totalement bilingues pour lui faire la conversation.<br \/>\nIl s&rsquo;affole. \u00a0\u00bb Non ! NON ! Je n&rsquo;oserai jamais ! Je n&rsquo;y comprends rien, \u00e0 cette langue. M\u00eame les pr\u00e9noms sont barbares ! Mais je voulais au moins perfectionner mon accent pour ne pas \u00eatre ridicule devant la baronne Marguerite. Qu&rsquo;en penses-tu, justement, de mon accent, toi qui a \u00e9tudi\u00e9 cela \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 ? Il y a du mieux ?<br \/>\n&#8211; Parti de z\u00e9ro, forc\u00e9ment. Ecoute Winston, tu ne t&rsquo;es jamais pos\u00e9 de question concernant l&rsquo;inf\u00e2me accent am\u00e9ricain de la baronne. Je te signale par ailleurs, au cas o\u00f9 tu l&rsquo;aurais oubli\u00e9, qu&rsquo;elle ma\u00eetrise bien notre langue.<br \/>\n&#8211; Oui mais avec toi elle parle fran\u00e7ais !<br \/>\n&#8211; Tu vas arr\u00eater tes salades, oui ? Je dois simplement lui rappeler un petit cousin ou un petit fils. C&rsquo;est d&rsquo;un homme dont elle a besoin, pas d&rsquo;un enfant.<br \/>\n&#8211; Un homme, tu es s\u00fbr ? Mais&#8230;il y a s\u00fbrement une limite d&rsquo;\u00e2ge. Elle te parle de moi ? \u00a0\u00bb<br \/>\nLe taureau se vo\u00fbte en se tordant les mains. \u00a0\u00bb Tout le temps ! je lui r\u00e9pond. Elle a bien vu que tu \u00e9tais un des rares \u00e0 ne pas \u00eatre aux fraises. Et puis bon&#8230;.ta r\u00e9putation&#8230;<br \/>\n&#8211; Quelle r\u00e9putation ? demande t-il en faisant l&rsquo;andouille.<br \/>\n&#8211; Enfin, Winston ! Il para\u00eet que tu en as rendu plus d&rsquo;une heureuse gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9licatesse de tes proportions.<br \/>\n&#8211; \u00e7a c&rsquo;est vrai ! Elles faisaient toutes la fine bouche, au d\u00e9but. J&rsquo;avais pas les moyens de d&rsquo;obtenir \u00e0 une donzelle un r\u00f4le quelconque, mais question godelure j&rsquo;ai jamais eu de demande de remboursement !<br \/>\n&#8211; Tu crois que la baronne est \u00e0 la recherche d&rsquo;un r\u00f4le important ?<br \/>\n&#8211; Non, bien s\u00fbr !<br \/>\n&#8211; Alors ? \u00a0\u00bb<br \/>\nIl me tape dans la main comme il aurait tap\u00e9 dans celle de son fr\u00e8re. \u00a0\u00bb Tu me plais, petit ! Dire qu&rsquo;il y a encore cinq minutes, je souhaitais te voir mort !<br \/>\n&#8211; Sans vouloir te contrarier, je crois que tu seras premier sur ce coup l\u00e0. \u00a0\u00bb<br \/>\nIl se marre, s&rsquo;\u00e9touffe un peu, s&rsquo;arr\u00eate. \u00a0\u00bb La baronne veut que tu joues \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s pour la f\u00eate du bahut.<br \/>\n&#8211; Quoi ? demande t-il inquiet, la\u00a0\u00bb Maison du lac\u00a0\u00bb ?<br \/>\n&#8211; Mais non ! \u00ab\u00a0Duel au Soleil\u00a0\u00bb. Toi \u00eatre Lew.<br \/>\n&#8211; Magnifique ! Et Marguerite sera mon petit chat sauvage ?<\/p>\n<p>La baronne pr\u00e9pare maintenant \u00ab\u00a0Duel au Soleil\u00a0\u00bb sans f\u00e9brilit\u00e9 Elle coud elle m\u00eame les v\u00eatements n\u00e9cessaires aux deux r\u00f4le. Winston est si \u00e9nerv\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9prouve les pires difficult\u00e9s \u00e0 dormir, sans que les m\u00e9decins sachent si c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9motion ou le cancer. Avec son crabe en phase galopante, on voit bien que Winston en bave. La douleur le taraude, l&rsquo;irradie, le laisse rarement en repos.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le grand soir. Winston est au maquillage. \u00a0\u00bb Tu t&rsquo;es d\u00e9j\u00e0 mis ton fard, vieux coquet ? je lui demande.<br \/>\n&#8211; Non, Jimmy. \u00a0\u00bb<br \/>\nLe miroir renvoie l&rsquo;image de sa face livide.<br \/>\nDans son boudoir, Marguerite est par\u00e9e comme une reine des sierras. Elle est toute de classe et de majest\u00e9.<\/p>\n<p>Vingt heures. Les plus fatigu\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 couch\u00e9s. Certains s&rsquo;endorment dans leur fauteuil, saoul\u00e9s par le punch ultra-l\u00e9ger. D&rsquo;autres enfin, conscients, heureux, les l\u00e8vres et les doigts rendus collants par la barbapapa, attendent le d\u00e9but du spectacle dans le r\u00e9fectoire d\u00e9cor\u00e9. Les lumi\u00e8res baissent puis une musique gr\u00e9sillante sort d&rsquo;un vieux tourne-disque dont le volume a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9 \u00e0 fond. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;illustration sonore d'\u00a0\u00bbAlamo\u00a0\u00bb. Sur la sc\u00e8ne, le d\u00e9cor est r\u00e9duit \u00e0 sa plus simple expression : les rochers mythiques sont figur\u00e9s par des meubles recouverts de grosse toile. Winston est cach\u00e9 derri\u00e8re un meuble-rocher arm\u00e9 de la carabine de Charles Ingalls. La baronne d\u00e9barque sur la sc\u00e8ne par la gauche arm\u00e9e d&rsquo;une p\u00e9toire rouill\u00e9e charg\u00e9e \u00e0 blanc. Le dialogue, qui se d\u00e9roulait jusqu&rsquo;ici avec Marguerite off, se poursuit. Winston n&rsquo;est pas au mieux ; il perd quelque peu le fil de son texte. \u00a0\u00bb Viens-l\u00e0, b\u00e9b\u00e9 ! Je ne te vois pas ! Montre-toi ! \u00ab\u00a0La baronne braque son arme vers lui. La d\u00e9tonation est assourdissante. La douille vole au dessus de sa t\u00eate. L&rsquo;assistance hurle. Winston chancelle puis s&rsquo;\u00e9croule comme une masse derri\u00e8re son rocher de pacotille. Je me l\u00e8ve instinctivement. Leland Lalas me fait rasseoir avec autorit\u00e9.<br \/>\nWinston bouge.<br \/>\nIl arme son fusil.<br \/>\nMarguerite se d\u00e9couvre, avance sur la sc\u00e8ne et Winston lui tire dessus. La baronne chute \u00e0 son tour avec lourdeur. Elle se replie sur elle m\u00eame comme un serpent et tire sur Winston qui s&rsquo;est redress\u00e9. Le vieux taureau s&rsquo;\u00e9croule, raide pour le compte pour le compte.<br \/>\nSa t\u00eate se redresse.<br \/>\nSa voix devient suppliante. \u00a0\u00bb Rosa ! Heu&#8230;Pearl ! Viens, je suis bless\u00e9, je vais mourir. Je ne veux pas rester seul !<br \/>\n&#8211; Lew ! r\u00e9pond la baronne \u00a0\u00bb Je vois bien que Marguerite s&rsquo;est fait mal en tombant, elle a d\u00fb se froisser quelque chose, elle a du mal \u00e0 se mouvoir. Incroyable de justesse et d&rsquo;\u00e9nergie, elle rampe quand m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 Winston. Les deux amants se donnent un baiser. \u00a0\u00bb Embrasse-moi une derni\u00e8re fois, mon petit chat sauvage \u00a0\u00bb souffle Winston. Il meurt dans ses bras puis c&rsquo;est au tour de la baronne de fermer ses yeux remplis de larmes. Les ventilateurs d\u00e9placent un sable invisible qui enveloppe les deux corps pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<br \/>\nLa salle enti\u00e8re se l\u00e8ve.<br \/>\nLes applaudissements font gronder les grands lustres du r\u00e9fectoire. Les petits vieux sont emball\u00e9s, \u00e9mus, tachycardes. Marguerite se rel\u00e8ve la premi\u00e8re. Elle salue l&rsquo;assistance, heureuse comme je ne l&rsquo;ai jamais vue. Plus cabotin, Winston reste au sol. La baronne le d\u00e9signe et le public scande son nom. Marguerite se penche vers son partenaire pour lui prendre la main et lui demander de se lever. Mais si Winston ne se rel\u00e8ve pas c&rsquo;est parce qu&rsquo;il est mort. Avec, sur les l\u00e8vres, un sourire extatique.<\/p>\n<p>Les croque-morts ont emball\u00e9s le taureau trop rapidement pour que cela ne soit pas suspect. Lalas donne des ordres aux malabars de nuit pour qu&rsquo;ils vident la chambre du mort. Je demande au directeur la raison de ce man\u00e8ge et il le prend de tr\u00e8s haut, me dit qu&rsquo;il d\u00e9sapprouve ma curiosit\u00e9 et l&rsquo;attachement que j&rsquo;\u00e9prouve pour certains pensionnaires. Son sourire se fait mauvais. Il ne dit pas \u00ab\u00a0gigolo\u00a0\u00bb mais le pense tr\u00e8s fort.<\/p>\n<p>La baronne est inconsolable. Je l&rsquo;ai ramen\u00e9e dans sa chambre et cela m&rsquo;a fait l&rsquo;effet de transporter un arbre d\u00e9racin\u00e9. Elle chouine son amour pour Winston, maudit son orgueil qui l&#8217;emp\u00eachait de lui avouer. Elle ne souhaitait qu&rsquo;une chose : \u00e9touffer dans ses bras puissants couverts de poils blancs, \u00eatre \u00e9cras\u00e9e de tendresse par ce monstre gentil. Lorsque je raconte \u00e0 Marguerite que Winston, malgr\u00e9 son apparence ais\u00e9e, est mort totalement d\u00e9sargent\u00e9 et que son cadavre va enrichir la terre de la fosse commune de Santa Velada, la baronne devient comme folle. \u00a0\u00bb Mais n&rsquo;a t-il aucune famille ? crie t-elle.<br \/>\n&#8211; La soeur qui l&rsquo;a plac\u00e9 ici est morte il y a trois ans. On ne lui conna\u00eet aucune autre parent\u00e9.<br \/>\n&#8211; Et ses amis ! Ses amis d&rsquo;Hollywood.<br \/>\n&#8211; Ne dites pas de gros mots, Marguerite. Cela ne va pas dans votre bouche.<br \/>\n&#8211; Mais alors qui payait sa place ici ?<br \/>\n&#8211; Lui, mais ses \u00e9conomies avaient fondues. Dans trois mois, il \u00e9tait vir\u00e9 par Lalas et sa clique.<br \/>\n&#8211; Les mis\u00e9rables ! \u00a0\u00bb<br \/>\nElle m&rsquo;agrippe les bras en y plantant ses ongles. La douleur me fait monter les larmes aux yeux. \u00a0\u00bb Je ne veux pas qu&rsquo;il soit enterr\u00e9 comme un chien ! Il lui faut un MAUSOLEE !\u00a0\u00bb Elle se dirige vers son secr\u00e9taire anglais, d\u00e9croche de son cou fan\u00e9 la petite cl\u00e9 d&rsquo;or et l&rsquo;introduit dans la serrure du tiroir de gauche. Les pi\u00e8ces du m\u00e9canisme grincent, r\u00e9pandant une l\u00e9g\u00e8re poussi\u00e8re de rouille. Le tiroir s&rsquo;ouvre. Une fortune en billets de cinq cents dollars compact\u00e9s dans ce petit espace. \u00a0\u00bb Cent milles dollars, souffle t-elle, cela sera suffisant je pense. Je veux pour Winston un enterrement en grande pompe. \u00a0\u00bb<br \/>\nElle me regarde, fi\u00e9vreuse, suppliante. Mes yeux sont froids, d\u00e9termin\u00e9s. Trop d&rsquo;argent. Je l&rsquo;enserre dans mes bras, je sens ses vieux os contre mes paumes. La faiblesse me gagne. Elle pleure, enfonce sa t\u00eate au creux de mon \u00e9paule.<br \/>\nMes mains se portent \u00e0 son cou.<br \/>\nJe serre tandis que ses yeux s&rsquo;exorbitent.<br \/>\nJe rel\u00e2che aussit\u00f4t la pression en me reculant, affol\u00e9. Le corps de la baronne s&rsquo;est affaiss\u00e9 par terre. Ce cadavre-l\u00e0 me terrifie. Je ne sais pas combien de temps j&rsquo;ai serr\u00e9, si je l&rsquo;ai fait trop fort&#8230;.Toutes ces questions passent dans ma t\u00eate alors que mon coeur passe la d\u00e9multipli\u00e9e. Je r\u00e9ussis \u00e0 ralentir le rythme de ma respiration. La baronne respire aussi, plut\u00f4t elle r\u00e2le. Je m&rsquo;approche d&rsquo;elle. Son cou a une couleur veineuse. Et ce sont bien mes doigts qui lui ont fait ce collier. Mais elle vit. Tentative de meurtre.<br \/>\nLa petite cl\u00e9 en or ouvre les autres tiroirs du secr\u00e9taire, r\u00e9v\u00e9lant d&rsquo;autres tr\u00e9sors. six cent milles dollars en liquide, des bijoux \u00e0 foison, des lettres d&rsquo;amour et quelques photos galantes. Je me retourne vers la baronne. Si elle bouge, se rel\u00e8ve, et appelle \u00e0 l&rsquo;aide, je peux toujours l&rsquo;assommer, bien que je risque de la tuer, son cr\u00e2ne a l&rsquo;air si tendre. Si je l&rsquo;attache \u00e0 son lit en la b\u00e2illonnant (avec quoi, d&rsquo;ailleurs, et pour quelle efficacit\u00e9 ?), elle risque de s&rsquo;\u00e9touffer d\u00e9finitivement. Je la redresse en position assise. Lui fait couler de l&rsquo;eau entre les l\u00e8vres. Cela la r\u00e9veille un peu, elle d\u00e9glutit, tousse, crache. Puis elle boit par petites gorg\u00e9es. Son regard se plante dans le mien. Elle murmure quelques mots qui s&rsquo;extraient de sa gorge douloureuse. Des mots fran\u00e7ais que je ne comprends pas, l&rsquo;intonation est charg\u00e9e de tristesse et de m\u00e9pris. Je veux  lui faire prendre de force deux puissants somnif\u00e8res parmi ceux qu&rsquo;elle poss\u00e8de. Cela va l&rsquo;anesth\u00e9sier huit bonnes heures. Elle s&rsquo;agite, j&rsquo;ai \u00e9norm\u00e9ment de mal \u00e0 la faire avaler, elle secoue la t\u00eate, cherche \u00e0 me mordre et \u00e0 hurler mais cela ne lui tire que des larmes de rage et de douleur. Il me faut un bon quart d&rsquo;heure pour arriver \u00e0 mes fins. La transpiration a tremp\u00e9 ma chemise, imbibant ma blouse. Comme la baronne continue \u00e0 s&rsquo;agiter, je la secoue pour lui intimer l&rsquo;ordre de se calmer. Sa t\u00eate heurte le bord de son lit. Le bruit du choc me t\u00e9tanise. Elle est inconsciente. Pas de blessure apparente. Elle respire toujours. Je la couche sur son lit.<br \/>\nJe vole tout l&rsquo;argent liquide, laissant les bijoux et le reste. Je reste encore plus d&rsquo;une heure dans la chambre afin de m&rsquo;assurer que les somnif\u00e8res font leur oeuvre. Pendant tout ce temps, j&rsquo;\u00e9pie chaque bruit provenant du couloir, terroris\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre surpris. Mais tout est calme. Un silence de tombeau.<br \/>\nJe quitte enfin la chambre que je ferme \u00e0 double-tour. Je cours me changer dans ma chambre. J&rsquo;enfile le seul costume potable que je poss\u00e8de. J&rsquo;avance dans les couloirs plong\u00e9s dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Personne. Apr\u00e8s la trag\u00e9die du r\u00e9fectoire, les doses de pilules magiques \u00e0 destination des pensionnaires ont connu une g\u00e9n\u00e9reuse inflation. A proximit\u00e9 de la salle de garde de nuit, j&rsquo;entends de tonitruants ronflements. Les malabars, eux, se sont veng\u00e9 sur le bourbon. L&rsquo;infirmi\u00e8re de nuit, comme souvent, a fait le mur. Je vais trouver Bart dans sa chambre. J&rsquo;ai du mal \u00e0 le r\u00e9veiller tellement il est shoot\u00e9. Il n&rsquo;ouvre qu&rsquo;un oeil bord\u00e9 de salet\u00e9s. \u00a0\u00bb Eh, papy ! je chuchote \u00e0 son oreille, tu veux toujours voir le soleil ? Pas celui d&rsquo;Afrique, mais l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud c&rsquo;est pas mal non plus. \u00a0\u00bb Il ouvre l&rsquo;autre oeil, baille, me fixe en se grattant le front. \u00a0\u00bb C&rsquo;est l&rsquo;heure du go\u00fbter ? \u00a0\u00bb Ses draps sentent la pisse. \u00a0\u00bb Laisse tomber, papy, je lui dis en fermant ses yeux. Dors, ce n&rsquo;\u00e9tait pas une bonne id\u00e9e. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je traverse le parc avec mon sac rempli des talbins de la baronne. Pas de lune. Je vais \u00e0 pieds jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je trouve un taxi qui m&#8217;emm\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport. Dans l&rsquo;avion, je fais couler du champagne fran\u00e7ais malgr\u00e9 l&rsquo;heure matinale, rin\u00e7ant en douce les filles d&rsquo;\u00e9quipage, ce qui nous vaut une poilade g\u00e9n\u00e9rale lors de l&rsquo;expos\u00e9 des consignes de s\u00e9curit\u00e9. A l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Montevideo, ma r\u00e9putation m&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Je suis accueilli par le responsable de l&rsquo;a\u00e9roport qui est pr\u00eat \u00e0 me vendre son pays en moins de quatre-vingt dix secondes. \u00a0\u00bb Mister aime s\u00fbrement les h\u00f4tels de qualit\u00e9, des h\u00f4tels qui offrent des prestations&#8230;de qualit\u00e9. Une limousine vous y emm\u00e8nera. Vous d\u00e9sirez probablement avant cela visiter les boutiques prestigieuses qui font la fiert\u00e9 de notre a\u00e9roport international. \u00a0\u00bb Je me laisse driver \u00e0 travers l&rsquo;enceinte de l&rsquo;a\u00e9roport, par deux ravissantes guides polyglottes que le responsable encadre. Ahuri par la servilit\u00e9 int\u00e9ress\u00e9e de ces cloportes, j&rsquo;ach\u00e8te tout et n&rsquo;importe quoi. Deux grooms portent les sacs. Au moment de quitter l&rsquo;a\u00e9roport pour monter dans la limousine qui m&rsquo;attend, une des guides d\u00e9noue le foulard qu&rsquo;elle porte autour du cou. Profitant que son chef est appel\u00e9 ailleurs, elle me tend le foulard et un stylo en rougissant. \u00a0\u00bb Mister, auriez-vous la gentillesse ?&#8230;.\u00a0\u00bb Je ne comprends pas son geste, que j&rsquo;assimile \u00e0 tort \u00e0 la distribution de colliers de fleurs sous d&rsquo;autres horizons. \u00a0\u00bb Un autographe, me souffle t-elle. S&rsquo;il vous pla\u00eet, Mister ! Vous \u00eates acteur, non ? \u00ab\u00a0<\/p><\/blockquote>\n<p>Nouvelle publi\u00e9e dans le recueil collectif \u00ab\u00a0Hollywood\u00a0\u00bb dirig\u00e9 par C. Ferniot chez Eden Productions (2000).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9l\u00e9chargez Pearl au format PDF : \u00a0http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/pearl.pdf PEARL * \u00ab\u00a0Tu sais, Connie, je n&rsquo;ai pas aim\u00e9 ta fa\u00e7on de regarder Wesley quand il t&rsquo;a offert cette glace aux noix de p\u00e9can. &#8211; Parce que je l&rsquo;ai regard\u00e9 comment, selon toi ? &#8211; Connie ! Tu sais bien ce que je veux dire ! Tu as &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/pearl\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Pearl&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[85],"tags":[],"class_list":["post-384","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/384","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=384"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/384\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":451,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/384\/revisions\/451"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=384"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=384"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=384"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}