{"id":387,"date":"2010-12-26T09:00:27","date_gmt":"2010-12-26T08:00:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/?p=387"},"modified":"2010-11-07T14:57:41","modified_gmt":"2010-11-07T13:57:41","slug":"papa-poubelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/papa-poubelle\/","title":{"rendered":"Papa Poubelle"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"Papa Poubelle\" src=\"http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/poubelle.jpg\" alt=\"\" width=\"230\" height=\"84\" \/><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/poubelle.pdf\" target=\"_blank\">T\u00e9l\u00e9chargez French Doctor au format PDF : \u00a0http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/poubelle.pdf<\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\">PAPA POUBELLE<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Salet\u00e9 de cochonnerie de temps, un hiver de Sib\u00e9rie. J\u2019ai les pieds qui ne sentent plus leurs orteils, plus une goutte de sang l\u00e0-dedans, les doigts c\u2019est pareil, \u00e7a fait mal quand je les plie et j\u2019ai les ongles transparents avec du gel en dessous. Pourtant j\u2019ai des bottes fourr\u00e9es avec de la laine d\u2019ours et mes mains sont prot\u00e9g\u00e9es tout le temps avec des nouveaux gants matelass\u00e9s comme des gilets pare-balles. Mais il fait trop froid. On est \u00e0 Marienau en Moselle et ici en hiver quand tu tombes en panne dans une temp\u00eate de neige, on te retrouve sous forme de gla\u00e7on g\u00e9ant dans ta voiture, avec le visage tordu et les dents qui ont tellement claqu\u00e9 qu\u2019elles ont foutu des miettes d\u2019\u00e9mail sur le volant. Au moins quand j\u2019ai froid comme \u00e7a, ma maladie et ses grattements me laissent tranquille.<\/p>\n<p>J\u2019ai un kilom\u00e8tre \u00e0 pied pour rentrer du d\u00e9p\u00f4t jusqu\u2019\u00e0 chez moi. On habite dans une petite ville, au quinze de la route de Forbach. Je n\u2019aime pas ce chiffre, je n\u2019aime pas les chiffres impairs. D\u2019ailleurs j\u2019ai eu trente neuf ans il y a six mois et rien ne va depuis.<\/p>\n<p>Sur le chemin, il y a les cris des corbeaux. A la maison, c\u2019est le bruit des m\u00f4mes. Un enfer, aussi. Ils ont un, trois, cinq, sept et neuf ans. Tous ces chiffres impairs \u00e7a ne peut que porter la poisse. Ils braillent ensemble ou s\u00e9par\u00e9ment, un vrai concert de corbeaux. Quand Armande, ma femme, s\u2019y met aussi, \u00e7a donne envie d\u2019\u00eatre sourd m\u00eame si \u00e7a serait moins pratique pour \u00e9couter les \u00e9missions \u00e0 la radio.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 pris une douche au d\u00e9p\u00f4t mais Armande veut toujours que j\u2019en reprenne une \u00e0 la maison quand je rentre. A cause de ma maladie (la gale des poubelles), ce n\u2019est pas vraiment une douche que je prends\u00a0: je me trempe dans une bassine r\u00e9serv\u00e9e pour moi et qu\u2019on jettera quand je serai gu\u00e9ri. L\u2019eau est souvent ti\u00e8de et des fois froide parce que tous les gamins sont pass\u00e9s dans la baignoire et qu\u2019il n\u2019y a plus beaucoup d\u2019eau chaude. D\u00e8s que je sors du baquet, je mets mes gants sp\u00e9ciaux de la maison pour ne pas toucher des choses ou les enfants avec mes doigts pleins de gale. Je ne peux m\u00eame plus faire des caresses \u00e0 Armande, elle dit que quand je lui passe la main sur la t\u00eate avec les gants \u00e7a lui fait crisser les cheveux.<\/p>\n<p>On est au repas du soir et comme d\u2019habitude c\u2019est le grand n\u2019importe quoi. La bouffe vole de partout, on dirait que les gniards font un concours. Cindy, la grande, n\u2019est pas \u00e0 table. <em>Elle boude dans sa chambre<\/em>, me dit Armande. <em>Va la voir parce qu\u2019en plus c\u2019est \u00e0 cause de toi<\/em>.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>La gamine a la t\u00eate enfouie dans son oreiller. Elle ne veut pas que je l\u2019approche. <em>Tu sens mauvais<\/em>. Elle a raison\u00a0: m\u00eame quand je suis r\u00e9cur\u00e9, mon odeur de propre a toujours quelque chose de pas agr\u00e9able. Et puis en ce moment avec ma maladie je ne peux pas rajouter du sent-bon. Il n\u2019y a que mon parfum d\u2019\u00e9boueur lav\u00e9, ce truc que les autres papas ne feront jamais renifler \u00e0 leur famille. D\u2019ailleurs c\u2019est \u00e0 cause de mon boulot que Cindy boude. A l\u2019\u00e9cole, au matin, la ma\u00eetresse a demand\u00e9 aux enfants de la classe de parler du m\u00e9tier de leurs parents. La petite n\u2019a rien voulu dire. Elle avait honte. Pas finaude, l\u2019instit lui a dit\u00a0: <em>Mais Cindy, les \u00e9boueurs sont tr\u00e8s utiles \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Apr\u00e8s, toute la journ\u00e9e, la petite s\u2019est fait poursuivre par ses camarades de classe qui l\u2019ont emb\u00eat\u00e9 avec \u00e7a. Ils chantaient\u00a0: <em>Pa-pa pou-belle, il me parle des ordu-res <\/em> sur un air de Patricia Kaas.<\/p>\n<p>Comme Cindy n\u2019aime pas non plus que je lui passe sur les cheveux ma main avec le gant, j\u2019essaye de la caresser doucement avec mon coude mais elle me repousse. <em>Papa poubelle\u00a0! Papa poubelle\u00a0! Papa poubelle\u00a0!<\/em> elle crie jusqu\u2019\u00e0 ce que je sorte de la chambre.<\/p>\n<p>Les enfants sont pieut\u00e9s. Assis \u00e0 la table de la cuisine, je bois une bi\u00e8re Oberha\u00fcsbergen. Maman repasse dans le salon. Elle regarde la t\u00e9l\u00e9 sans le son, il y a juste le bruit de son fer qui crache la vapeur <em>choufff choufff<\/em>. Je regarde les bulles de ma Ober qui remontent dans la bouteille. C\u2019est ma faute, \u00e0 moi, si mon ancienne bo\u00eete a ferm\u00e9\u00a0? <em>La Bucha<\/em>, \u00e7a s\u2019appelait, on \u00e9tait des fabricants de chemin\u00e9es artificielles. Si vous voulez mon avis, le <em>manag\u00e8re<\/em> qui a mont\u00e9 cette soci\u00e9t\u00e9, c\u2019\u00e9tait plus que la moiti\u00e9 d\u2019un con, parce que construire des chemin\u00e9es artificielles ici, et surtout esp\u00e9rer les vendre, c\u2019est d\u00e9bile. Dans le coin il faut que l\u2019\u00e2tre crache une chaleur qui r\u00e9veille les morts. Si on s\u2019endort le soir devant une chemin\u00e9e La Bucha, on risque de ne pas se r\u00e9veiller le lendemain. Il y avait de jolis mod\u00e8les avec des jolis d\u00e9cors, je dis pas, par exemple un mod\u00e8le <em>Sunbitch<\/em>, avec du faux sable incrust\u00e9, une figurine de ma\u00eetre nageur avec des jumelles, une fille presque \u00e0 poil dans son maillot, une \u00e9toile de mer, un palmier. Ou bien un mod\u00e8le <em>Escalibu<\/em>r, un truc de l\u2019antiquit\u00e9 avec des chevaliers en armure, une princesse avec un chapeau pointu, un magicien et un dragon vachement bien imit\u00e9s. Mais le dragon ne crachait pas de flammes, des vraies flammes, tout \u00e7a marchait \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9\u00a0et \u00e7a ne faisait pas de degr\u00e9s bien chauds. Alors tout \u00e7a c\u2019\u00e9tait rat\u00e9 d\u2019avance.<\/p>\n<p>La bo\u00eete a licenci\u00e9. J\u2019\u00e9tais technicien de maintenance \u00e0 l\u2019atelier de r\u00e9paration de chemin\u00e9e. C\u2019\u00e9tait un travail plut\u00f4t tranquille, il fallait surtout revoir les circuits \u00e9lectriques qui foiraient, changer les petites lampes dans les d\u00e9cors. Je me suis retrouv\u00e9 avec quasi-rien d\u2019indemnit\u00e9 et Lulubelle, notre petite derni\u00e8re, n\u2019avait pas six mois. J\u2019ai pris ce qu\u2019on a bien voulu me donner, c\u2019est \u00e0 dire ce boulot d\u2019\u00e9boueux \u00e0 la Cofarep. Je suis arriv\u00e9 au mauvais moment\u00a0: avant les \u00e9boueurs \u00e9taient du personnel municipal mais la bo\u00eete a \u00e9t\u00e9 <em>affili\u00e9e<\/em>, quelque chose comme \u00e7a qui veut dire privatis\u00e9e, et les ouvriers ont perdu tous leurs avantages sociaux. On bosse comme des n\u00e8gres pour un salaire de merde, et on a les mains dedans toute la journ\u00e9e. Ma gale, je l\u2019ai chop\u00e9e au bout de deux mois. Faut voir aussi les gants avec lesquels on travaillait \u00e0 ce moment l\u00e0\u00a0: des moufles caoutchout\u00e9es pourries et pleines de trous r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es chez les jardiniers de la commune, qui n\u2019en voulaient plus.<\/p>\n<p>J\u2019ouvre une quatri\u00e8me bouteille d\u2019Ober.<\/p>\n<p>Avant l\u2019aube.<\/p>\n<p>Le d\u00e9part.<\/p>\n<p>Le kilom\u00e8tre jusqu\u2019au d\u00e9p\u00f4t.<\/p>\n<p>Chomski m\u2019accueille en me tendant la main. Puis la retire. <em>T\u2019es ouf, Da Rocha<\/em>, il me dit. <em>Tu crois quand m\u00eame pas que je vais te serrer la paluche\u00a0!<\/em> A la place, il me donne une bourrade au menton. <em>J\u2019t\u2019ai eu\u00a0! J\u2019t\u2019ai encore eu\u00a0! Quelle bille\u00a0! Quel trouduc\u00a0! Tu me fais piti\u00e9, allez\u2026<\/em> . Mourad arrive. Il me tape dans le gant. <em>Ca va, fils\u00a0?<\/em> Chomski refuse la main que lui tend Mourad. <em>J\u2019te serre pas la main non plus<\/em>, lui dit Chomski, <em>un Arabe c\u2019est pire qu\u2019un galeux\u00a0!<\/em> <em>Nan, j\u2019d\u00e9conne\u00a0! Mais je veux pas te serrer la main quand m\u00eame, raton de mon c\u0153ur. Allez, les feignasses, on embarque\u00a0! Et tenez-vous bien \u00e0 la rampe, aujourd\u2019hui, il y a du verglas\u00a0!<\/em><\/p>\n<p>Avec Mourad, on s\u2019installe \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la benne. Nous sommes les <em>chargeurs<\/em>. Chomski est le chauffeur. Mourad travaille ici depuis longtemps et il m\u2019a dit qu\u2019on avait tir\u00e9 le plus mauvais num\u00e9ro, que Chomski \u00e9tait le plus salaud des chauffeurs qu\u2019il avait connus. Et c\u2019est vrai qu\u2019il n\u2019arr\u00eate pas de se foutre de notre gueule, qu\u2019il conduit dangereusement et surtout jamais il ne nous file un coup de main quand il y a beaucoup de containers \u00e0 d\u00e9charger, ce qui arrive tr\u00e8s souvent. C\u2019est simple, il conduit avec des gants <em>en cuir<\/em>.<\/p>\n<p>Je n\u2019aime pas le mercredi. D\u2019abord parce que les enfants sont rest\u00e9s \u00e0 la maison toute la journ\u00e9e et qu\u2019ils sont tr\u00e8s \u00e9nerv\u00e9s quand je rentre, et maman est \u00e9nerv\u00e9e aussi. Mais surtout c\u2019est le jour o\u00f9 on va ramasser les d\u00e9chets de l\u2019usine de verre, pr\u00e8s de l\u2019ancienne cockerie. Cette zone est tr\u00e8s dangereuse et on est bien les seuls \u00e0 se balader dans le coin sans masques \u00e0 gaz. Tous les ouvriers de la verrerie en ont. Tous les gars qui habitaient \u00e0 proximit\u00e9 sont partis ou crev\u00e9s. Surtout crev\u00e9s. De cancers, d\u2019infections des poumons, des yeux, de la peau. Avec Mourad, on essaye d\u2019aller le plus vite possible quand on charge les sacs mal ferm\u00e9s. C\u2019est toujours \u00e0 cet endroit que Chomski ralentit un maximum, fait semblant d\u2019\u00eatre embourb\u00e9 ou d\u2019\u00eatre en panne de d\u00e9marreur. On l\u2019entend se marrer derri\u00e8re ses vitres compl\u00e8tement relev\u00e9es.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui c\u2019est pire que tout\u00a0: il y a une trentaine de sacs. Mourad s\u2019approche de la cabine de Chomski et toque \u00e0 la vitre. Mais l\u2019enfoir\u00e9 ne veut pas descendre pour nous aider. Mourad insiste. Chomski se mouille le majeur puis le pr\u00e9sente dress\u00e9 \u00e0 mon coll\u00e8gue.<\/p>\n<p>On s\u2019active, en faisant bien attention \u00e0 ne pas toucher le contenu des sacs qui baillent. \u00a0<em>Hep, chef! Hep! Hep\u00a0!<\/em> Je me retourne. C\u2019est Jean Meine. Il me fait des signes. Ce vieux fou a sa baraque (une cabane couverte de t\u00f4le) en plein \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9charge de l\u2019usine. Rentr\u00e9 \u00e0 quatorze ans dans l\u2019ancienne cockerie, Il y a boss\u00e9 quarante-huit ans. Il a pris sa retraite en 1962, vous voyez un peu son \u00e2ge. Ce gars est une sorte de record vivant, une insulte \u00e0 toutes les poussi\u00e8res mortelles. Meine n\u2019a jamais voulu quitter le coin. Nous sommes les seuls humains qui lui parlent et \u00e0 qui il parle. Mourad tousse. Il m\u2019inqui\u00e8te, le vieil Arabe. Il est \u00e0 moins d\u2019un an de la quille mais sa sant\u00e9 fout le camp de plus en plus. Je lui fais signe que cette fois-ci je ne vais pas rendre visite \u00e0 Meine dans sa caverne. Mais il me dit d\u2019y aller. Il toque encore \u00e0 la vitre de Chomski pour qu\u2019il le laisse monter dans la cabine le temps que j\u2019aille chez Meine. Le chauffeur refuse. Il ne veut pas de fesses de pouilleux sur ses si\u00e8ges, il nous a dit un jour. Alors Mourad attend dans le froid, \u00e0 respirer des particules qui s\u2019ajoutent aux saloperies qui lui bouffent les bronches. Je me d\u00e9p\u00eache. Je serre la main de Meine en entrant chez lui. Tiens, lui il me serre toujours la main. C\u2019est vrai que rien ne lui fait peur, sinon il ne serait pas ici. De mon c\u00f4t\u00e9, je me dis que le vieux crabe ne risque rien. Ma gale ne peut pas l\u2019atteindre. Ce n\u2019est pas une peau qu\u2019il a, Meine, c\u2019est une carapace d\u2019homme pr\u00e9historique, du genre de ceux qui ont surv\u00e9cu aux dinosaures.<\/p>\n<p>On apprend vite \u00e0 s\u2019habituer aux odeurs, dans ce m\u00e9tier. Aux pires. Quand on vidange les r\u00e9servoirs d\u2019eaux us\u00e9es de l\u2019usine de retraitement de Gertheim, par exemple. Mais chez Meine \u00e7a d\u00e9passe tout ce qu\u2019on peut imaginer. Chez lui, le tout-\u00e0-l\u2019\u00e9gout est une sorte de tout-au-plancher. M\u00eame avec la temp\u00e9rature qui refroidit les puanteurs, \u00e7a chlingue grave. Meine marche l\u00e0-dedans, mange l\u00e0-dedans, dort l\u00e0-dedans. Ca n\u2019a pas l\u2018air de le d\u00e9ranger. Et s\u2019il \u00e9tait l\u00e0, son secret de beaut\u00e9\u2026 je veux dire\u00a0: son secret de survie\u00a0? En tout cas \u00e7a grouille de rongeurs. Je sors des porches de mon cir\u00e9 deux bouteilles d\u2019Ober. J\u2019ai vite compris que si je buvais ce qu\u2019il pouvait me proposer, je ferais des os moins vieux que les siens. Je ne suis pas un champion, moi, je suis ordinaire. Alors j\u2019apporte le liquide. Tous les mercredis.<\/p>\n<p><em>Ca va, chef\u00a0?<\/em>il me demande<em>. Fais froid, hein\u00a0? Tiens, \u00e7a me rappelle l\u2019hiver de 1929, on pissait des gla\u00e7ons \u00e0 l\u2019urine\u00a0!\u00a0Quand \u00e7a voulait bien sortir. Il y en a qui sont crev\u00e9s \u00e0 cause de \u00e7a, les reins bloqu\u00e9s, plein de gr\u00ealons<\/em>.<\/p>\n<p>On vide notre bi\u00e8re. Je veux me casser. Meine me retient. <em>Faut que j\u2019y aille, grand-p\u00e8re<\/em>, je lui dis<em>. Il y a mon coll\u00e8gue qui m\u2019attend dehors et il est malade, tu sais<\/em>. Je mate dehors\u00a0: pli\u00e9 en deux, Mourad est en train de cracher ses poumons. Je veux me d\u00e9gager mais impossible de bouger\u00a0: le vioque m\u2019agrippe avec ses doigts bourr\u00e9s d\u2019arthrite, ses griffes de champion, il ne me l\u00e2che pas. \u00ab\u00a0<em>Faut promettre, chef, faut promettre au vieux Jean\u00a0!<\/em><\/p>\n<ul>\n<li>Quoi, m\u2019sieur Meine, qu\u2019on se boira une Ober la semaine prochaine\u00a0? Mais bien s\u00fbr, p\u00e9p\u00e9, bien s\u00fbr\u00a0! Tu sais que c\u2019est pas besoin, hein, mais je te le jure et je crache sur\u2026 dans ton sol. <em>Pfuuuut<\/em>.<\/li>\n<li>Non, fiston, NON\u00a0!\u00a0\u00bb<\/li>\n<li>Dehors, la toux de Mourad devient un bruit de moteur de zinc. On serait \u00e0 la montagne, l\u2019avalanche nous serait d\u00e9j\u00e0 dessus.<\/li>\n<li><em>La prochaine fois, h\u00e9 ben je serai plus l\u00e0, chef. Pour moi c\u2019est la fin de la route, je le sais. <\/em><\/li>\n<li>Il se colle devant moi, avec ses yeux qui suivent les miens et son haleine de fosse septique qui me rentre dans les narines.<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Il faut promettre \u00e0 p\u00e9p\u00e9 Jean que tu le mettras dans la benne.<\/li>\n<li>&#8211; Dans la benne\u00a0?<\/li>\n<li>Ouais\u00a0! A l\u2019arri\u00e8re de ton camion. Je ne veux pas \u00eatre enterr\u00e9, la terre d\u2019ici n\u2019a pas bon go\u00fbt. Alors tu me jetteras avec tes sacs. Je serai au milieu et c\u2019est comme \u00e7a que je veux finir\u00a0\u00bb.<\/li>\n<li>Compl\u00e8tement dingo. Mais quand on a dit merde \u00e0 la mort aussi souvent et aussi longtemps, on peut choisir son enterrement, non\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Jeudi soir.<\/p>\n<p>A la maison.<\/p>\n<p>Ils m\u2019appellent tous <em>papa poubelle<\/em>, maintenant, de la plus grande \u00e0 la plus petite. On dirait que \u00e7a les fait marrer et qu\u2019en m\u00eame temps \u00e7a les d\u00e9go\u00fbte. La petite, Lulubelle, elle ne parle pas encore, bien s\u00fbr. Mais elle regarde ses fr\u00e8res et s\u0153urs qui balancent leur nourriture par terre et qui me demandent de ramasser alors elle fait pareil. Maman hurle, moi je balance des torgnoles, tout le monde gueule.<\/p>\n<p>Vendredi.<\/p>\n<p>Un jour normal, sans collecte de d\u00e9chets industriels, avec que des sacs normaux remplis d\u2019ordures comme il faut.<\/p>\n<p><em>Rue<\/em>, <em>Poubelles, rue, poubelles, rue, poubelles, rue, poubelles<\/em>\u2026<\/p>\n<p>Samedi.<\/p>\n<p>La neige est encore tomb\u00e9e, il y en assez pour cinquante No\u00ebl. Et Chomski nous fait un nouveau coup de pute.<\/p>\n<p>Mourad ne va pas du tout. Il tousse plus qu\u2019il ne respire. Il a beaucoup de mal \u00e0 soulever les sacs et arrimer les bacs \u00e0 la benne. Les poussi\u00e8res qui se baladent \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du camion n\u2019arrangent rien.<\/p>\n<p>Nous sommes dans le hameau de Reinhof, trois maisons inhabit\u00e9e et dix containers remplis par les habitants d\u2019autres hameaux environnants. Une fois le dernier container vid\u00e9, Chomski n\u2019attend pas qu\u2019on remonte sur notre marchepied. Il d\u00e9marre le camion-benne et s\u2019\u00e9loigne. Il nous a d\u00e9j\u00e0 fait le coup plusieurs fois, <em>une bonne blague<\/em>, comme il dit. Le camion dispara\u00eet de notre vue. Alors on attend qu\u2019il revienne vers nous. Mais aujourd\u2019hui Chomski ne revient pas.<\/p>\n<p>On attend encore. Des minutes enti\u00e8res, dans le froid, avec de la neige jusqu\u2019au genou. Ca dure, c\u2019est tr\u00e8s long. Mais o\u00f9 est-il\u00a0? On n\u2019entend m\u00eame plus le bruit du camion. Il nous a abandonn\u00e9s. <em>On ne va pas rester l\u00e0<\/em>, je dis, <em>il faut marcher<\/em>. <em>Chomski va revenir, il faut aller \u00e0 sa rencontre, \u00e0 cet enfoir\u00e9<\/em>. <em>Allez, Mourad\u00a0!<\/em><\/p>\n<p>Mon coll\u00e8gue me fait piti\u00e9, il peine \u00e0 marcher, en soufflant, en toussant. Je le soutiens. Toujours pas de camion en vue. On entend le bruit du klaxon de Chomski seulement une demi-heure plus tard. On est frigorifi\u00e9s. On le traite de tous les noms. Lui il se marre.<\/p>\n<p>On reprend la tourn\u00e9e, il y en encore pour trois heures. Mourad est sur son marchepied, \u00e9puis\u00e9. Je lui dis de se reposer. Tout le reste du trajet, c\u2019est moi seul qui charge les containers. Ca va moins vite, \u00e9videmment. Chomski baisse sa vitre pour nous demander de nous grouiller. Je lui dis qu\u2019il n\u2019a qu\u2019\u00e0 descendre pour m\u2019aider, que Mourad est trop fatigu\u00e9 et c\u2019est \u00e0 cause de lui. Chomski ne r\u00e9pond rien. Il remonte sa vitre. Sur son marchepied, Mourad a les yeux ferm\u00e9s. On dirait qu\u2019il dort. <em>Repose-toi, coll\u00e8gue<\/em>.<\/p>\n<p>Le d\u00e9p\u00f4t. Je descends de mon marchepied. Les yeux toujours ferm\u00e9s, Mourad reste sur le sien. Je veux lui prendre la main pour l\u2019aider \u00e0 descendre. Il ne bouge pas. Il est tout raide. Mort.<\/p>\n<p>Quand Chomski sort de sa cabine, je le chope par le cou et je l\u2019aligne contre le camion. Deux autres gars du d\u00e9p\u00f4t me font l\u00e2cher prise, sinon j\u2019allais le tuer. Je montre \u00e0 Chomski le corps de Mourad. Le chauffeur est blanc comme un linge.<\/p>\n<p>Le soir \u00e0 la maison, les gamins accourent vers moi avec des <em>papa poubelle<\/em> plein la bouche mais ils arr\u00eatent vite. Mes yeux et ma main lev\u00e9e les font taire tout de suite.<\/p>\n<p>Chomski a eu un bl\u00e2me mais il est toujours l\u00e0. Simplement, comme Mourad n\u2019est pas remplac\u00e9 tout de suite, il doit sortir de sa cabine \u00e0 chaque arr\u00eat pour m\u2019aider \u00e0 charger. Il laisse vite tomber les gants de cuir. Il ne dit plus rien. Si, ce matin il m\u2019a dit bonjour et rien d\u2019autre, mais c\u2019\u00e9tait un vrai bonjour. Je l\u2019ai regard\u00e9 sans rien dire et \u00e7a lui a fait mal, j\u2019esp\u00e8re.<\/p>\n<p>Nous sommes \u00e0 la d\u00e9chetterie de l\u2019usine de carbochimie, encore une sale zone. Ils ferment bien leurs sacs, au moins, et c\u2019est pas dommage parce que ces sacs sont bourr\u00e9s de produits toxiques. Normalement ce sont des soci\u00e9t\u00e9s diff\u00e9rentes qui devraient collecter ce genre de saloperies industrielles, des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9quip\u00e9es avec du mat\u00e9riel sp\u00e9cial. Mais la Cofarep fait tout, \u00e7a co\u00fbte moins cher. On fait dans le tri\u00a0 non-s\u00e9lectif et tout \u00e7a part dans le m\u00eame incin\u00e9rateur. Ca donne des fum\u00e9es avec des couleurs tr\u00e8s bizarres et des cendres empoisonn\u00e9es qui se mettent partout dans les nuages et dans les champs. Mais comment faire autrement\u00a0?<\/p>\n<p>Il y a un gros sac qui pose probl\u00e8me\u00a0: le broyeur n\u2019arrive pas \u00e0 le broyer, justement, et son moteur commence \u00e0 chauffer en faisant un bruit affreux. Chomski a grimp\u00e9 dans la benne, il essaye de d\u00e9gager le sac. A ce moment l\u00e0, le broyeur r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9craser le sac qui explose. Je m\u2019\u00e9tais \u00e9cart\u00e9 et je ne prends rien. Par contre Chomski se retrouve asperg\u00e9 par des gouttes de liquide sortis du sac. Il tombe de la benne, se roule par terre en hurlant et en se tenant le visage. Puis il se rel\u00e8ve, il hurle toujours. Le produit a fait fondre le haut de son cir\u00e9 et br\u00fbl\u00e9 son visage, maintenant il ressemble \u00e0 la lune.<\/p>\n<p>Chomski a \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Metz, chez les br\u00fbl\u00e9s. Ca y est, j\u2019ai une nouvelle \u00e9quipe et cette fois-ci les gars ont l\u2019air r\u00e9glo. Jos\u00e9, le chargeur, est un jeune gars sympa. Yvan, le chauffeur, ne reste pas toute la journ\u00e9e dans sa cabine, il nous file souvent des coups de main.<\/p>\n<p>C\u2019est mercredi.<\/p>\n<p>Jean Meine n\u2019est pas parmi les sacs de l\u2019usine de verre. Il n\u2019est pas mort et on descend deux Ober chacun dans sa guitoune. <em>C\u2019est pour la semaine prochaine, chef<\/em>, me dit Meine. <em>Tout le monde peut se tromper, hein\u00a0? En attendant, \u00e0 la tienne, chef<\/em>.<\/p>\n<p><em>A la tienne, p\u00e9p\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 je veux partir, le vieux me tend un objet. <em>C\u2019est pour tes enfants<\/em>, il me dit. Je regarde la chose\u00a0: c\u2019est une jolie bo\u00eete \u00e0 musique de Cendrillon. On voit Cendrillon, bien s\u00fbr, mais aussi le prince charmant avec ses \u00e9paulettes dor\u00e9es et des souris. Et puis l\u2019objet est <em>propre<\/em>, c\u2019est incroyable. Il l\u2019avait peut-\u00eatre enterr\u00e9 \u00e0 l\u2019abri. Apr\u00e8s il a r\u00e9cur\u00e9 la bo\u00eete, a r\u00e9par\u00e9 le m\u00e9canisme rouill\u00e9, peut-\u00eatre. Alors j\u2019emporte le truc. Je le donnerai \u00e0 Cindy. Elle verra que m\u00eame son papa poubelle peut ramener des jolis cadeaux.<\/p>\n<p>Je pars du d\u00e9p\u00f4t pour revenir \u00e0 la maison. Il ne neige plus depuis hier, il y a m\u00eame du soleil. J\u2019ai la bo\u00eete \u00e0 musique sous le bras. Je ne l\u2019ai pas mise en marche, pourtant il y a un bruit dedans. Ca fait <em>squouich squouich squouich<\/em>. Et quelque chose gratte \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>J\u2019ouvre la bo\u00eete. Qu\u2019est-ce que la musique est jolie. Les personnages sur la bo\u00eete s\u2019animent, Cendrillon se met \u00e0 danser avec le prince, les souris bougent aussi. Et puis une autre souris, une vraie celle-l\u00e0, grosse comme un rat, s\u2019\u00e9chappe de la bo\u00eete. Le vieux Meine n\u2019a plus tous ses yeux, et il n\u2019a pas d\u00fb voir la b\u00eate rentrer dans la bo\u00eete quand il la nettoyait. La souris g\u00e9ante tombe sur la route et se carapate \u00e0 travers champs.<\/p>\n<p>Avant de rentrer \u00e0 la maison, j\u2019ouvre au moins cinq fois la bo\u00eete \u00e0 musique, histoire de v\u00e9rifier qu\u2019il n\u2019y a rien pas d\u2019autre bestiole cach\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, genre souris ou cafard, ou s\u2019il n\u2019y a pas des crottes, des \u0153ufs ou des larves. Non.<\/p>\n<p>Quand je rentre, je donne le cadeau \u00e0 Cindy. Les autres sont jaloux et c\u2019est tr\u00e8s bien, Cindy est encore plus contente. Les autres peuvent crier, je m\u2019en fous. Cindy me dit <em>merci papa<\/em>, pas <em>merci papa poubelle<\/em>. Elle ne peut pas m\u2019embrasser \u00e0 cause de ma gale alors elle frotte ses cheveux contre mon ventre.<\/p>\n<p>Le mercredi d\u2019apr\u00e8s.<\/p>\n<p>J\u2019ai h\u00e2te d\u2019arriver \u00e0 la verrerie. On va se payer quelques Ober avec p\u00e9p\u00e9 et je vais le remercier pour sa bo\u00eete \u00e0 musique. Mais sa maison est vide.<\/p>\n<p>Le vieux est au milieu des sacs qu\u2019on doit charger. Assis, raide comme un b\u00e2ton. Il a les yeux ouverts mais il est mort.<\/p>\n<p>J\u2019ai expliqu\u00e9 \u00e0 Jos\u00e9 et \u00e0 Yvan, pour les derni\u00e8res volont\u00e9s de Meine. Ils sont d\u2019accord, ils me font confiance. Je crois qu\u2019ils m\u2019aiment bien. Et ils n\u2019ont pas connu le vieux Jean, mais je pense qu\u2019ils l\u2019auraient aim\u00e9 aussi. On d\u00e9cide qu\u2019\u00e0 partir de maintenant, on se videra une Ober tous les trois chaque mercredi \u00e0 la m\u00e9moire du p\u00e9p\u00e9.<\/p>\n<p>On se met \u00e0 trois pour le mettre dans la benne. Ca fait dr\u00f4le, on dirait qu\u2019on soul\u00e8ve un meuble de soixante kilos avec des v\u00eatements. J\u2019ai le c\u0153ur pinc\u00e9 quand Yvan met le broyeur en marche. On a retir\u00e9 notre bonnet et on a les yeux baiss\u00e9s. Jos\u00e9 marmonne quelque chose, peut-\u00eatre qu\u2019il prie. Et puis on entend les cris. Horribles. Meine n\u2019\u00e9tait pas mort et il hurle pendant que le broyeur le lamine.<\/p>\n<p>Ca n\u2019a pas dur\u00e9 longtemps, heureusement. Quelques secondes. On est tout tremblotant. Je sais bien que c\u2019est ce que le vieux voulait, finir dans cette benne. N\u2019emp\u00eache, \u00e7a a d\u00fb faire sacr\u00e9ment mal.<\/p>\n<p>A la maison, impossible de rien manger ce soir. On dirait que les enfants ont senti, ils sont bizarrement calmes. Cindy vient un peu frotter ses cheveux sur moi. Elle ouvre sa bo\u00eete \u00e0 musique. La m\u00e9lodie me para\u00eet tr\u00e8s triste. Une larme coule sur ma joue. Je repense au rire de Meine, \u00e7a lui venait toujours facilement avec la Ober. Il me disait toujours\u00a0: <em>t\u2019en fais pas, chef. T\u2019en fais pas, t\u2019en fais pas, t\u2019en fais pas<\/em>\u2026<\/p>\n<p>Nouvelle \u00e9crite pour le collectif \u00ab\u00a0la Rue\u00a0\u00bb dirig\u00e9 par Christine Ferniot pour la D\u00e9couverte (2003)<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9l\u00e9chargez French Doctor au format PDF : \u00a0http:\/\/www.philippethirault.com\/bonus\/img\/poubelle.pdf PAPA POUBELLE * Salet\u00e9 de cochonnerie de temps, un hiver de Sib\u00e9rie. J\u2019ai les pieds qui ne sentent plus leurs orteils, plus une goutte de sang l\u00e0-dedans, les doigts c\u2019est pareil, \u00e7a fait mal quand je les plie et j\u2019ai les ongles transparents avec du gel en &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/papa-poubelle\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Papa Poubelle&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[85],"tags":[],"class_list":["post-387","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nouvelle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/387","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=387"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/387\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":400,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/387\/revisions\/400"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=387"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=387"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.philippethirault.com\/projets\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=387"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}